Elle était debout, la main sur le bouton de la porte, lui fermant la route. Son visage incliné, presque suppliant, le touchait moins que le tremblement profond de sa voix, ses intonations brisées, hésitantes. C’était comme une confession qui était montée à ses lèvres. Il eut l’impression que ses derniers mots avaient atteint en elle une partie vibrante, peut-être un point secret d’inquiétude, et qu’elle attachait une extraordinaire importance à ce qu’il pourrait ajouter. En réalité, il avait songé seulement à la sincérité de l’artiste qui est autre chose que celle de l’homme. Il crut deviner qu’elle glissait de l’art de Georges à leur amour, ramenée par une préoccupation cachée à sa vie de femme.
Sans doute eût-il fallu qu’il se fît violence, dès ce premier jour, pour la rassurer. Tous les hommes, aurait-il dû dire, ne savent jamais ouvrir leur cœur, ceux-là surtout qui aiment le plus. Mais comment aurait-il eu, à cette minute, assez de courage !
Au moment où il allait sortir, en promettant de revenir bientôt, le lendemain sans doute, elle lui prit la main, la pressa, et le regardant avec un air de tristesse et de reconnaissance :
— Je vous remercie d’être venu. Pardonnez-moi d’abuser peut-être… Je suis si heureuse de parler de Georges avec quelqu’un qui l’a vraiment compris et connu.
Elle insista sur ce dernier mot, d’une voix basse et douloureuse qui semblait venir du fond de sa vie. La femme ardente et pleine de foi, qui paraissait tout à l’heure ne songer qu’à l’art, avait disparu. Lucien se sentit remué par une émotion indicible :
— Non, protesta-t-il, avec un frémissement intérieur qu’il s’efforçait de contenir, vous ne pourrez jamais abuser. Mon temps est à vous…
Il ajouta, d’un ton plus aisé, pour atténuer la portée de ces derniers mots :
— Qu’ai-je à faire de mieux que de vous aider ?
— Je vais vous laisser, dit Élisabeth, en ouvrant la porte de l’atelier, vous serez plus tranquille… Je reviendrai dans un moment…