— C’est moi, moi seul qui vous ai aimée !
Un vertige passait dans son esprit avec l’impression qu’elle le laissait faire ; et, la serrant éperdument, il écrasait de baisers ses mains, les rassemblait dans les siennes et les pétrissait, comme pour s’en emparer plus profondément ; mais enfin elle se dégageait, avec un geste de ses deux bras qui semblait à la fois l’éloigner et le retenir.
Il se redressa lentement, les genoux tremblants ; à travers ses larmes, elle lui parut d’une pâleur de morte. Ses yeux brillaient extraordinairement, sans qu’il pût distinguer si c’était d’épouvante ou de remords sombre.
Soudain, elle sembla se souvenir, et le regarda fixement :
— Vous seul, interrogea-t-elle, comment osez-vous, que voulez-vous dire ?
Un sanglot profond la secoua.
— Ce n’est pas vrai… Vous n’en savez rien…
Elle s’était abattue sur le canapé, écroulée et répétant avec désespoir :
— Et c’est vous, vous qui me le dites. Ah ! comme c’est lâche !
Lui, penché sur elle, frémissant et bouleversé, la suppliait de se calmer. Il l’avait prise dans ses bras, elle sanglotait sur son épaule, le visage caché dans ses mains ; et il couvrait de baisers ses cheveux sombres, cette tête si lourde et si chère qui s’abaissait peu à peu jusqu’à ses genoux, comme courbée par l’humiliation.