Paule, appelée, descendit de mauvaise grâce. Elle ne voulait rien accepter, mais Louisa avait déjà couché le poisson sur l’herbe, et en faisait sauter les écailles avec un couteau:
—On la cuira sur le gril avec du laurier.
Et la soupesant:
—Elle pèse bien près de quatre livres.
Le vieux regardait l’alose, un mouchoir noué autour du cou, son béret baissé sur sa peau tannée:
—Peut-être bien même qu’elle en pèse cinq!
A midi, la cuisine était pleine d’une odeur de poisson et de laurier brûlé. Louisa apporta le plat, les deux bras levés. Elle avait un air de triomphe.
Il fallut encore que Paule entendît toute l’histoire du vieil Augustin: sou par sou, il avait amassé de quoi acheter une embarcation, les avirons, le mât et la voile; il en avait maintenant une autre, une grande yole et un hangar sur le bord du fleuve. Paule se rappela cette cabane où s’accumulaient les filets, les planches, les pots de peinture, les chapelets de flotteurs en liège, et ces grandes nasses d’osier, les «bourgnes», qu’on immerge pour pêcher l’anguille dans les trous de vase.
Louisa continuait:
—Si vous voulez qu’il vous promène quelque dimanche, il ne dira pas non, cela vous ferait une sortie.