Paule fut touchée. Cette proposition lui semblait une marque de reconnaissance. Augustin d’ailleurs ne lui en parla pas; jamais plus il ne fut question de remonter le fleuve, par un beau jour, dans une de ces barques qu’elle regardait passer comme des fourmis noires sur l’eau éclatante. Mais elle était contente maintenant de voir les filets suspendus chez elle, et la figure du vieil homme se plisser d’un sourire en l’apercevant.

Elle parlait peu, ne recevait à peu près personne, mais s’intéressait de loin aux gens et aux choses. Elle donnait des légumes, des fleurs par brassées, non seulement aux pauvres mais à ses voisins, avec ce goût de faire plaisir qui couvrait un plus profond désir d’être aimée.

Elle travaillait maintenant, après le dîner, dans le salon dont les portes-fenêtres restaient ouvertes sur le jardin. Une lueur orangée s’éteignait lentement au bas du ciel. Parfois une grande brise se levait avec la marée et lui jetait à la face des odeurs marines mélangées aux parfums de mai. Le jardin s’emplissait de froissements et de murmures qui allaient se perdre dans les roseaux. Paule écoutait, vaguement inquiète, croyant entendre dans les allées des craquements et des bruits de pas. La lampe, posée sur un guéridon, éclairait le bord de la pelouse et un grand massif de rosiers. Au delà de cette tache lumineuse, l’atmosphère nocturne s’approfondissait, avec des silhouettes d’arbres découpées sur la nappe argentée du ciel.

Elle se sentait parfois un peu oppressée. Le sentiment de sa solitude faisait passer dans toute sa chair des frissons dont elle avait honte. Autour d’elle, tout devenait chuchotant, mystérieux, peuplé de présences cachées encore, mais prêtes à paraître. Il lui semblait voir bouger des ombres.

Son cœur avait par moments des battements fous.

III

Une marchande passait tous les jours sur la route, avant le déjeuner, et arrêtait devant le portail sa charrette tirée par un vieil âne mélancolique.

Louisa criait de la cuisine:

—Madame Rose est là.

On l’appelait aussi «la comtesse», pour des raisons dont personne ne se souvenait. Mais qu’on lui donnât un nom ou un autre, elle s’en souciait peu. Elle se moquait de bien d’autres choses: