—Qu’est-ce que cela fait?

Elle avait une tournure de commère, des hanches rebondies, et un tablier taillé dans un vieux sac. Mais la figure riait toujours, fraîche et ouverte, avec deux yeux bleus pétillants de vie et de malice, le nez relevé en pied de chaudière, et une grande bouche encore élargie par un caquet intarissable. Le son de sa voix était clair et gai. On en entendait de loin les éclats.

Elle connaissait à fond la commune, pour en avoir parcouru depuis près de vingt ans toutes les routes du coteau et de la palud, d’abord poussant elle-même une brouette chargée de corbeilles, puis largement assise dans son charreton. Elle excellait à grouper les gens autour de ses paniers. Elle les dominait, de la plate-forme de sa voiture, sordide et joyeuse, comme la reine d’une cour misérable:

—Qu’est-ce que tu veux aujourd’hui, ma jolie, mon cœur?

Aux femmes qui ne bougeaient pas à son approche, elle faisait des gestes:

—Venez toujours voir!

Et elle déballait, avec ses caisses de sardines et ses viandes blanches, toutes sortes d’histoires paysannes. Personne ne l’avait jamais vue à court de réflexions drôles et de reparties. A travers tout cela, elle faisait marcher son commerce, tirant parti des occasions, portant des pots de fleurs pour la Sainte-Marie, des pieds de chrysanthèmes toute la semaine de la Toussaint, donnant des recettes pour le mal de dents et tirant les cartes. Les jours de fête, elle s’installait avec une boîte de madeleines au coin de la place du village, ou devant la salle de danse. Elle mettait en loterie ses plus vieux canards. Partout où elle passait, elle engageait à se réjouir: quand elle apparaissait avec ses hanches balancées, on avait envie de s’approcher d’elle. Des bonnes familles de la contrée, elle ne parlait que pour raconter que l’une lui avait donné du bois, telle autre un jupon, ou encore du foin pour son âne. Elle savait aussi s’apitoyer, quand il le fallait, mais jamais sur elle, trop intelligente pour donner en pâture ses propres ennuis.

A Paule, qui lui demandait parfois des nouvelles de son fils malade, elle glissait tout bas:

—Il ne faut pas se plaindre. A quoi ça sert?

Et sur un autre ton: