—Il y a de la peine pour tout le monde. Votre pauvre mère en a eu sa part. Ah! elle était bonne! En voilà une qui a fait du bien, et en cachette! Elle n’était pas comme ceux qui le mettent au bout du doigt, pour le faire voir.
Le groupe peu à peu se dispersait, elle criait:
—Nous partons, Cadet.
Le vieil âne attendait qu’elle l’eût au moins répété trois fois. Puis les roues grinçaient, et te charreton de la marchande s’éloignait enfin, laissant derrière lui une traînée de vie et de bonne humeur.
Un jour que Paule se trouvait seule à l’écouter, elle lui avait dit:
—Vous allez rire, mais j’ai fait un vœu. Si je devenais quelque jour riche, j’ai promis au bon Dieu de rouler toujours.
Comment serait-elle devenue riche?
Dans ce petit coin de la Gironde, elle perpétuait la verve gasconne, pittoresque et gaie, qui ensoleille les caractères. Paule se sentait raffermie par cette bonne santé morale que la pauvreté n’avait pas gâtée. Mme Rose du moins ne se plaignait pas; elle vivait sa vie au jour le jour, ayant passé avec la Providence un contrat à perpétuité.
Mlle Dumont, au contraire, la décourageait.
C’était une vieille institutrice un peu effacée, qui avait essuyé de la part des siens les pires vilenies, tout accepté, beaucoup pardonné, et continuait de croire aux bonnes intentions. Mme Dupouy était son amie d’enfance. Pendant douze ans, elle avait fait ses délices de passer aux Tilleuls trois jours par semaine pour donner des leçons à Paule. Les examinateurs d’aujourd’hui auraient rejeté avec horreur les méthodes dont elle se servait pour résoudre de bons vieux problèmes et disposer des analyses. Paule n’avait pas passé d’examens: Mme Dupouy pensait qu’une jeune fille doit surtout s’entendre au ménage et cultiver les arts d’agrément. Maintenant, le piano à queue d’acajou luisant était solennellement fermé au fond du salon; mais la vieille demoiselle, par amitié, continuait de venir chaque samedi.