C’était elle qui avait envoyé les lettres de faire-part et rassemblé les cartes de condoléances. Elle regardait Paule avec attendrissement, soupirait souvent et lui répétait:
—Ma petite, il faut vous marier.
Ou encore:
—Votre tante devrait s’occuper de vous.
L’important pour elle était que le jeune homme eût une belle position. Et elle racontait tous les romans de ses élèves, romans bien fades, vus à travers la bienveillance d’une vieille maîtresse de piano: elle parlait de vie sans nuages, de bonheur parfait.
Elle aussi avait eu une lointaine histoire d’amour, confuse, embrouillée, dont le récit paraissait à Paule une pauvre vanité de femme, mesquine comme tout ce qui touchait à cette vie manquée. Pour cette vieille demoiselle, le mariage demeurait ce qu’il était dans sa jeunesse, la carrière féminine la plus facile, la plus confortable, la seule issue. La grande affaire pour elle, c’était de s’établir, affaire qu’elle voyait à la manière d’une installation solide et commode après laquelle on était fixé, accepté définitivement par la société qui rejette les existences flottantes et instables.
Mlle Dumont, petite et soignée, avait pu avoir autrefois un cœur romanesque, mais cette lointaine fleur de poésie s’y était fanée, en même temps que se décolorait le bleu de ses yeux, maintenant passé, qui avait dû être frais et charmant; ses traits aussi s’étaient usés comme s’effacent les effigies des pièces qui ont trop servi, qui n’ont pas connu le repos, les économies, si bien qu’elles ne sont plus qu’une monnaie anonyme et presque hors d’usage. Il n’y avait plus personne pour imaginer que ce visage avait été régulier et fin. Ainsi diminuée, ratatinée, rassemblant de pauvres objets dans son petit sac, elle sacrifiait aisément les rêves à un idéal de sécurité:
—J’ai peur, ma chère enfant, que dans votre situation, vous ne puissiez faire qu’un mariage de convenance.
Paule répondait par des mots très vagues:
—Il faudra voir. On ne sait jamais.