Et méprisante:

—Pour un verre de vin, ça vaut-y la peine?

Paule n’insista pas. Il lui était toujours pénible de refuser, de faire un reproche. La bonté de son cœur, qui lui semblait la chose du monde la plus naturelle, démentait la fermeté de son caractère; la vie lui aurait paru insupportable si les visages n’avaient pas reflété le contentement.

Les pêcheurs d’aloses, qui avaient leur barque dans le petit port, trouvaient des motifs pour venir sans cesse: ils empruntaient un maillet, des clous, une vieille planche. Un matin, Paule s’aperçut qu’ils avaient planté des piquets le long d’une allée et commençaient d’y suspendre leurs filets mouillés; elle eut un mouvement de contrariété et descendit à la cuisine:

—Je ne supporterai pas une chose pareille, déclara-t-elle à Louisa. Allez le leur dire.

La servante, penchée sur le feu, releva vivement sa grande taille osseuse. Sous le foulard serré autour de sa tête, d’où s’échappaient des mèches grises, son visage sec aux lèvres pincées, ses petits yeux noyés de bile exprimèrent la stupéfaction:

—Ces pauvres gens ne font pas de mal! C’est Élie, et puis Augustin, que la pauvre Madame connaissait bien. Sa femme a travaillé dans les vignes, une bien bonne femme!

—Ils auraient pu au moins me demander la permission.

Cette fois, Louisa se lamenta: c’était sa faute: ils l’avaient demandée, la permission; elle avait cru bien faire en disant qu’ils pouvaient planter les piquets. Le long de l’allée, cela ne gênait personne. La pêche d’ailleurs serait bientôt finie.

Le lendemain, Augustin se présenta devant la porte de la cuisine, retira ses pieds de ses sabots et avança la tête avec précaution. Il portait, par un brin d’osier passé dans les ouïes, une alose grasse qui se balançait contre sa jambe.