A cet instant même, elle le vit venir, maigri, l’air fiévreux. Une angoisse lui serra le cœur:

—Qu’est-ce qu’il y a? Vous êtes malade?

Elle gardait sa main dans la sienne et la réchauffait silencieusement.

En ces quelques jours, elle avait appris tant de choses! Avec lui, elle devenait vraiment une femme, découvrant les nuances, l’inconnu du cœur, et cette impossibilité de donner le bonheur à celui qu’on aime.

Un après-midi de pluie, ils avaient été au Musée.

Un jour gris régnait dans les longues salles silencieuses. Il avait voulu lui montrer un grand paysage de dunes et de mer. Mais elle paraissait accablée, la pensée absente.

Il la regardait, apitoyé:

—Vous venez presque tous les jours, c’est trop fatigant. Il fera nuit quand vous rentrerez.

Il la pressait un peu contre lui. C’était bien vrai qu’il se montrait égoïste et déraisonnable. Dans l’état d’insécurité où il se trouvait, il ne réfléchissait plus, buvant aveuglément sa goutte de bonheur comme il le faisait pendant la guerre, aux permissions, avec une hâte un peu avide et une sorte de fatalisme.

Dans une pâtisserie où il l’emmena, il prit son manteau pendant qu’elle se reposait enfin sur une banquette de velours rouge. Elle tourna un peu la tête pour se regarder dans une grande glace placée derrière elle, toucha ses cheveux, retira ses longs gants de soie et les plaça à côté de son sac, sur la petite table recouverte d’un napperon blanc et fleurie d’œillets. Il admirait ces jolis gestes de la femme qui tout de suite a l’air chez elle, s’arrange et s’installe, créant dans la pièce la plus banale une impression d’intimité, presque de home. Ils étaient assis dans un coin, en face l’un de l’autre. Elle voulut lui verser son thé, étendre du beurre sur le pain grillé; toute à la douceur de s’occuper de lui, de le gâter et de le servir, elle redevenait rose et rayonnante.