Sur le pont, ils respirèrent la fraîcheur du soir. Les feux des navires brillaient dans la rade, ponctuant des masses d’ombre immobiles; les phares des Quinconces étincelaient dans le bleu nocturne.
Au bout du pont, ils ralentirent un peu leur marche. Ils étaient maintenant tout près de la petite gare de banlieue; le train qu’ils apercevaient à travers une barrière soufflait dans la nuit; le long du trottoir, deux voitures étaient arrêtées, leurs lanternes éclairaient faiblement le pavé boueux.
Seguey fut pris soudain d’une infinie pitié pour la jeune fille qu’il allait quitter. Dans un instant, elle s’enfoncerait dans l’obscurité, toute chaude encore de son étreinte. Elle serait seule dans ce train poussif, seule là-bas sur la route vide:
—Ne venez pas demain, je vous écrirai.
Un vertige s’emparait de lui. Brusquement, il saisit une des mains de Paule et l’écrasa contre sa bouche.
La nuit autour d’eux leur parut soudain impénétrable. Il eut l’impression qu’elle s’appuyait à lui, qu’il n’avait qu’à ouvrir les bras...
Un homme passa en courant. Le train allait partir.
—Paule, dit Seguey, desserrant l’étreinte qui les unissait.
Une hâte instinctive les précipita. Dans la gare déserte et froide, éclairée par un lumignon, un jeune garçon contrôlait le billet d’un petit homme revêtu d’une blouse qui les regarda. Ses prunelles s’allumèrent dans l’ombre comme des yeux de chat. Mais Paule, toute pénétrée par la grande flamme entrée dans sa chair, n’entendit pas dans les ténèbres du quai un ricanement.