Dans le fumoir, Odette téléphonait. Un peu penchée, auréolée d’un grand chapeau sombre sur lequel s’écrasait une pivoine rose, elle tenait le cornet de métal près de son visage:
—C’est vous, Gilberte... vous allez au théâtre ce soir... Primerose, on dit que c’est très joli... Vous croyez que votre mère voudra m’emmener... que vous êtes gentille!
Elle parlait en face d’un miroir encadré de vieil or et se regardait. Sa robe était fanée, ce chapeau d’été revu à Bordeaux la choquait comme une fausse note:
—Je n’ai rien à me mettre, c’est ennuyeux.
Elle continua de téléphoner:
—C’est vous, Madeleine... Bonjour, Paulette... Il y a un siècle que je ne vous ai vue... Arcachon, oui, c’est amusant, plus que la campagne... Irez-vous au tennis cet après-midi?
Une demi-heure après, elle avait repris contact avec toutes ses amies rentrées à Bordeaux. Il était convenu qu’on se retrouverait au théâtre le soir, le lendemain au golf, à cinq heures chez le pâtissier du cours de l’Intendance, où la fine fleur de la société bordelaise se réunit presque chaque jour, autour de petits gâteaux qu’on pourrait servir dans le royaume de Lilliput. La légende veut que le moindre chou à la crème enlevé aux compotiers de cristal de cette maison, surpasse toutes les pâtisseries parisiennes en délicatesse. Cela se répétait souvent autour des tables légères et des plateaux encombrés de tasses; mais il était parlé encore de bien d’autres choses...
Tout en remontant l’escalier, Odette pensait:
—Au tennis, il n’y aura pas beaucoup de monde. Maxime Le Vigean peut-être... Qu’il me déplaît! Nous rentrons trop tôt...
Dans sa chambre, un petit groupe en biscuit était encore empaqueté. Les meubles, comme déshabitués de la vie, avaient pris un air de froideur. Elle passa dans son cabinet de toilette et se recoiffa, brossant longuement ses beaux cheveux dorés. La ville lui paraissait maussade et grise. L’éblouissement du jardin de Belle-Rive restait dans ses yeux.