Il se rapprocha, tenant d’une main le bâton pointu dont il se servait pour faire des trous:

—Il y a que quelqu’un me traite de «feignant».

Elle cueillait sur un espalier une poire oubliée, rousse, amollie par la gelée de la nuit dernière. Il gesticulait:

—Feignant... Feignant. Je voudrais bien qu’il le répète. Je lui ferais voir.

Paule s’efforçait de le calmer:

—Du moment que je ne vous reproche rien, vous n’avez qu’à rester tranquille. Personne ne commande ici que moi.

Il éclata:

—Le malheur, c’est justement que d’autres sont maîtres. Y a pas jusqu’à la vieille qui donne ses ordres. Va ici. Fais ça. Porte-moi de l’eau. Et toujours des rapports, des mots par-dessous. On ne peut pas dire tout ce qui se passe, mais ce n’est pas beau.

Et montrant du poing, de l’autre côté de la route, une maison bâtie sur le port:

—Il y en a un là qui vous veut du mal. Il s’en cache pas. Maintenant, c’est Octave qu’il vous détourne; un garçon qui était tranquille, poli, comme il faut; le voilà qui se dérange de plus en plus. On les voit tous les dimanches au café ensemble. Il lui en fait dire sur la maison... Pourtant, pour ce qui est du travail, il n’est pas trop commandé ici. Que cela continue, il fera partir tous les gens qui travaillent chez vous et personne de sérieux ne voudra venir...