Il pouvait avoir une trentaine d’années. Grand, mince, le visage allongé, les yeux très clairs dans un teint brun, il avait dans toute sa personne un charme de finesse.

Deux ou trois fois, il avait regardé du côté de Paule, cherchant discrètement à la saluer, mais attendant d’être reconnu. Dans le jour poussiéreux de cette salle d’attente, sur le fond chocolat de la boiserie, elle le vit enfin. Sa tête se détachait, découverte, un peu inclinée:

—Gérard Seguey...

Il vint à elle, lui serra la main et prit à son côté une place libre sur la banquette. Elle en éprouvait un sentiment mêlé de trouble et de gêne, peut-être à cause des pensées qu’elle venait d’avoir et aussi de cette affiche qui était maintenant juste devant lui.

Il ne paraissait pas s’en apercevoir et lui parlait de son deuil récent, d’un ton mesuré, choisissant ses termes. Elle aussi essaya de dire quelque chose sur le malheur qui l’avait atteint, prépara une phrase dont elle ne sut que faire et se tournant simplement vers lui:

—Votre mère était une femme délicieuse.

Elle avait appuyé sur le dernier mot, avec une sincérité dont il fut touché. Il ne répondit rien, mais ses paupières se relevèrent un peu sur son regard gris qui sembla contempler une parfaite image.

Ce fut à ce moment qu’elle découvrit qu’il lui ressemblait.

Puis, d’un ton différent, il parla de plusieurs familles qui étaient de leurs relations. Il passait d’une personne à l’autre. Sur un avocat célèbre, M. Peyragay, qui avait une maison au bord du fleuve, il raconta plusieurs anecdotes qui mirent entre eux quelques sourires.

Elle était étonnée qu’il soutînt ainsi leur conversation. Il y avait longtemps qu’elle ne l’avait vu, et c’était la première fois qu’il la traitait en jeune fille. Les paroles les plus simples, lorsqu’il les disait, prenaient une valeur qu’elle ne s’expliquait pas.