—C’est sa derni...è...è...re toile...e...tte.

Depuis, il n’avait jamais convenu qu’elle était vieille, malade, et ne valait plus rien. Quand on lui en reparlait, il disait seulement:

—Vous verrez bien, madame, qu’on la replantera.

Ah! la vigne, la vigne, en avait-elle ruiné des gens, dans ce pays que le phylloxera avait ravagé, puis tant d’autres maux, la mévente, les maladies sournoises qui dévorent la grappe en quelques matins. Sur combien de petits domaines avait-on lutté, au delà de ses ressources, les pieds sur les terres hypothéquées, la ruine dans l’âme, la peur dans le sang, avec une passion qui était chez certains presque un héroïsme.

Quelqu’un a écrit qui le sait bien:

«Chaque lopin de terre représente une blessure.»

Aussi, quelles colères pendant les années de guerre, quand les usines attirèrent une foule d’Espagnols. Qu’est-ce qu’ils venaient faire? On n’avait pas besoin de ces étrangers: des hommes que l’on voyait passer sur la route, la figure tannée sous un béret sombre, le pas élastique; des femmes au teint d’orange mûre, aux bandeaux de suie, qui avaient des fichus à fleurs, de vieux jupons et des enfants nus. Tout ce monde s’était jeté sur les masures environnantes comme les mouches sur les pourritures. Les taudis, les hangars, les vieilles écuries, tout leur était bon. Leurs campements se grossissaient sans cesse de recrues nouvelles qui se disaient être des oncles, des tantes, des cousins.

Il ne disparaissait plus une poule, qu’on n’accusât les Espagnols de l’avoir volée.

Pichard disait:

—De la vermine, quoi!...