Et avec orgueil:
—Pour sûr qu’ils n’ont pas de si belles vignes!
Ses vignes, Paule les inspectait dans le tremblement de la chaleur: larges carrés de verdure dense, armées pacifiques, incendiées d’or, qui avaient pris depuis des siècles possession du sol, lui donnaient sa physionomie, en faisaient la gloire. Leurs alignements resserrés remplissaient leurs cadres, se barricadaient de fil de fer et d’échalas gris. Eux, les vieux ceps pleins de chansons, ils avaient une beauté d’ordre, de géométrie, détachant sur le scintillement du paysage leurs masses profondes et disciplinées.
Elle s’emplissait le cœur de ce décor, ne souhaitant rien d’autre, n’ayant jamais rêvé de l’Espagne, de l’Italie ou des beaux pays fabuleux.
Le soir, elle allait se promener au bord du fleuve. Le soleil baissait derrière le grand vaisseau de l’île feuillue; après l’embrasement de pourpre et d’or vert, le ciel lentement se décolorait. Dans le petit port, les barques flottaient sur leur image renversée.
L’esprit de Paule se dispersait dans l’avenir. Gérard Seguey sans doute reviendrait bientôt. Elle pensait au jour où elle le reverrait, à son émotion, à la robe qu’elle pourrait mettre. Elle essayait de se rappeler ses traits qui lui échappaient.
Au couchant, l’horizon prenait des teintes déjà froides. Mais un peu de la féerie s’attardait sur l’eau grise qui traînait des roses.
VIII
Septembre glissait, pâlissant le ciel, insinuant dans les feuillages ses touches d’or roux, et affinant de sa grâce un peu languissante les lourdes parures de l’été.
Les matins surtout n’étaient plus les mêmes.