Paule s’engageait à ce moment, dans son grand deuil mat, au bout d’une allée ensoleillée que bordaient des buissons de roses. Elle les aperçut ainsi tous les deux, rapprochés, et semblant causer familièrement.
L’heure du thé.
Une à une, les autos glissantes se rangeaient devant le perron. Les grands chapeaux clairs, entrevus à travers les glaces, se présentaient dans l’ouverture de la portière. Un instant, comme d’énormes fleurs, ils en occupaient toute la largeur. Puis, relevés, ils découvraient des cheveux brillants et des teints d’été.
Peu à peu, tout le rez-de-chaussée se remplissait.
Mme Lafaurie était allée trôner au salon. Un grand salon à deux fenêtres, aux boiseries ivoire, encadrant des panneaux de soie. Des sujets chinois y étaient tissés dans le même ton d’un bleu ancien. Les rideaux de taffetas, au fond de leurs plis gonflés et traînants, buvaient la lumière.
La jeunesse, refoulée par l’envahissement des gens respectables, se pressait debout dans le vestibule. Odette Lafaurie, la figure encore animée par six parties consécutives, disait de groupe en groupe:
—Il me tarde qu’on serve le thé. Les parents laisseront le salon et après nous pourrons danser.
Elle était bien de cette jeunesse d’aujourd’hui, entraînée et insatiable, qui ne peut supporter que l’on reste un moment tranquille. Un plaisir à peine fini, il fallait qu’un autre le remplaçât, immédiatement:
—Qu’est-ce que l’on attend?