Gisèle Saint-Estèphe, dans une encoignure, tenait quelques jeunes gens sous le charme de ses exclamations de petite fille. Son mari, tout occupé des arrivants, les accompagnait. C’était un personnage cérémonieux, au regard éteint, sans cesse tourmenté de choses infimes.

Seguey, que retenait un homme court et gros, au teint échauffé, fut frappé par l’air malheureux de Paule. Il n’avait pu encore lui dire que quelques paroles à son arrivée. Dans le mouvement joyeux de cette réunion, elle se sentait paralysée. Elle regrettait d’être venue. C’était comme si elle découvrait la tristesse de sa solitude. Tout l’accablait, la simplicité même de sa robe noire. Une heure avant, en face de sa glace, elle l’avait vue plutôt agréable; maintenant, dans ce monde brillant, une impression d’infériorité lui glaçait le cœur; et elle reculait toujours plus dans l’ombre, souhaitant que Seguey ne la vît pas.

Jusqu’à cette heure, elle avait pu croire qu’il était heureux de la rencontrer. Mais ses espérances, toutes les choses de son cœur, comme elle les sentait piétinées ici! Une intuition l’avertissait que ce domaine de la vie lui était contraire. Que faisait-elle, ainsi perdue, parmi ces femmes parées et charmantes? Son imagination exaltait encore la force brûlante de cette expérience, laissant sourdre en elle le découragement infini qui envahit si vite les très jeunes gens. Un premier rêve ne passe pas sans dommage d’un milieu à l’autre, de l’atmosphère enivrée de la solitude aux feux perçants de la vie mondaine! Paule croyait voir ses pensées du matin gisant autour d’elle.

Seguey cependant se rapprochait d’elle, par un cheminement que d’inévitables rencontres arrêtaient sans cesse. Il était maintenant la proie d’un amateur de meubles, M. Le Vigean, dont clignotaient derrière un lorgnon les yeux fureteurs et qui détaillait avec insistance les plus belles pièces du mobilier. Son fils, Maxime, nouveau venu dans la maison, inspectait de toute la hauteur de sa petite taille les gens et les choses, pour établir d’après la richesse et le chic son degré d’amabilité.

Il s’écarta à peine pour laisser passer un homme au front bas, au cou enfoncé, qui cherchait sa fille:

—Tu n’es pas venue saluer Mme Lafaurie!

Et levant vers le plafond ses deux mains épaisses:

—Quelle éducation!

Un domestique annonça:

—Le thé est servi.