—Vous l’avez vue. Allez la chercher.
Il avait levé sa main épaisse comme un battoir:
—Ce n’est pourtant pas moi qui l’ai prise!
Sa femme de loin lui faisait des gestes. Il tourna le dos:
—Bourrique, va!
Paule rentra, trop lasse pour approfondir ce qui s’était passé. Chaque jour, d’ailleurs, il lui fallait s’apercevoir que des objets indispensables ne pouvaient plus être retrouvés.
Dans le grand salon carrelé, devant le cercle des fauteuils vides, elle recommença de songer indéfiniment. Ses yeux découvraient partout des signes de déclin. Un certain pathétique frappait son esprit, cette âme des choses qui avoue la vieillesse, la défaite, les abandons.
Il y avait autour d’elle tant d’héritages accumulés! Au-dessus de la cheminée, dans le cadre écaillé d’un ancien trumeau, une nymphe aux chairs d’ivoire, une étoile au front, trempait son pied dans un ruisseau gris. Paule devinait que Seguey y aurait avec plaisir arrêté ses yeux. Il eût aimé aussi, entre les fenêtres, les belles consoles. Les autres meubles paraissaient un peu disparates. Les fauteuils à médaillon auraient sans doute été de son goût, mais le velours en était fané; plusieurs générations de chiens y avaient dormi. Des traces d’usure, entre les meubles, formaient sur le tapis d’Aubusson des sortes de sentiers; devant la cheminée, une partie de la rosace s’était effacée et montrait la trame.
Cette vie, qui peu à peu se retirait de toutes les choses, elle se sentait impuissante à la ranimer. Il aurait fallu qu’on l’aidât. Mais celui qui l’eût soutenue de son regard et de sa pensée, comme il était loin! Comme il lui semblait étranger!