—Je veux être un homme du monde.

Il le voulait, comme d’autres décident d’être notaire ou diplomate. Toutes ses ambitions se cristallisaient autour de l’image, invinciblement séduisante, de l’homme qu’environne un murmure discret de considération et de sympathie.

Sa femme lui disait:

—On aurait dû faire de vous l’introducteur des ambassadeurs.

Sa femme, elle, ne jouait jamais sa partie dans le même ton. Beaucoup plus jeune, d’un esprit libre et prime-sautier, elle n’avait d’abord vu en lui qu’une grande fortune; depuis, ayant eu le loisir de le regarder mieux, elle l’avait trouvé ennuyeux.

Dans le monde, où il se préoccupait d’être irréprochable, elle prenait sa revanche de très jolie femme. Insatiable d’hommages et d’adulation, elle avait pourtant le goût des natures fines, de celles surtout qui lui résistaient. Depuis que Seguey était à Belle-Rive, le plaisir qu’elle aurait eu à le capturer l’occupait beaucoup. C’était un divertissement d’été, dont elle avait réglé d’avance les péripéties. Elle ne menait jamais jusqu’au bout cette sorte de jeu, mais trouvait à le conduire, et à l’arrêter, le genre d’émotion qui lui convenait. Seulement, cette fois, elle se voyait déçue et dupée. Les allées et venues des deux jeunes gens, sous les grands ormeaux, faisaient tressaillir son orgueil blessé: ce dilettante, ce raffiné, qu’elle avait cru si difficile, voilà donc la surprise qu’il lui réservait!

Il l’avait vue venir, la svelte jeune fille, dans sa robe unie et flottante. Son visage était pâle comme une perle sous la transparence d’un grand chapeau d’étoffe légère. Elle avait ses deux mains gantées. Et comme elle montait les marches du perron, il l’accueillit d’un regard qui la pénétra de douceur et d’apaisement.

Dans un petit salon dont la porte était ouverte sur le vestibule, M. Peyragay jouait au bridge avec M. Lafaurie et deux vieilles dames. Le grand avocat, comme ils passaient, les avait d’un signe priés de l’attendre. Paule pensait que le geste s’adressait à elle. Mais, la partie finie, il avait entraîné Seguey:

—J’ai à vous parler.

Elle les avait vus s’installer un peu à l’écart sur une banquette du vestibule. Aux premières paroles, M. Peyragay tourna vers Gérard une physionomie sérieuse et professionnelle; sa voix sonore s’était assourdie: il s’agissait des affaires de sa sœur.