Il protesta qu’un sentiment d’amitié lui commandait de le prévenir: l’ignorance pour lui n’était plus possible. Cette fois, le jet de lumière que Seguey redoutait depuis bien des jours allait l’aveugler. De sa main grasse, toute parsemée de taches de rousseur, le vieil avocat commençait de tourner le disque terrible. Seguey eut l’impression qu’il chancelait au bord d’un abîme. Son visage se faisait hautain:

—Comment savez-vous?

Il n’acceptait pas qu’un autre pût connaître avant lui des affaires qui étaient les siennes, celles de sa famille, et qu’il avait eu la faiblesse de ne pas sonder. Il lui était intolérable de penser qu’elles étaient déjà divulguées et presque publiques. De quel droit venait-on jouer auprès de lui le rôle de fâcheux? Était-il si aveugle, au jugement de tous, qu’on crût nécessaire de l’avertir charitablement? Son être frémissait d’orgueil et d’humiliation.

M. Peyragay fit un geste qui semblait imposer silence à ce qui n’était pas le fond de l’affaire:

—Votre sœur est venue me voir.

Puis, avec une sympathie sincère:

—Ah! mon pauvre ami!

Il raconta qu’elle l’avait consulté la veille, au sujet de plusieurs billets qui étaient près d’arriver à leur échéance; des billets signés par le capitaine, quelques jours seulement avant sa mort, et pour lesquels il avait obtenu la signature de sa femme.

Seguey protesta:

—Nous avons déjà payé trois fois. Ma mère s’est presque ruinée. Valmont, notre hôtel du Cours du Chapeau-Rouge, tout y a passé.