M. Peyragay eut un geste de réprobation. Le capitaine s’était conduit comme un misérable.
Seguey réfléchissait:
—Mais elle, elle, comment a-t-elle toujours cédé? Elle a deux enfants. La dernière fois, ma mère avait exigé la promesse qu’elle ne donnerait plus aucune signature.
M. Peyragay leva vers le plafond ses petits yeux qui avaient plongé dans tant de ruines et de vies défaites:
—Elle ne pouvait pas agir autrement.
Puis rapidement, d’une voix plus basse:
—Voyons, Seguey, vous êtes un homme, vous me comprenez. Si votre sœur avait refusé, dans la situation où elle se trouvait, son mari n’aurait pas hésité à faire un scandale. Cette liaison qu’elle traîne toujours, il la connaissait. Non, ne l’accablez pas, ne jetez pas la pierre; demain, elle n’aura peut-être plus que vous.
Il avait appuyé sur ces derniers mots d’une manière significative. Un nom était sur ses lèvres qu’il eût aimé dire. Mais Seguey, le visage aride, s’était détourné: la vérité lui brûlait le cœur.
Certes, s’il avait voulu savoir davantage, M. Peyragay eût été amplement communicatif. Il suffisait de le regarder pour voir que son information était abondante. Un certain orgueil se dégageait de toute sa personne, primant des sentiments d’amitié pourtant très réels; devant une affaire passionnelle, et alors même que sa bienveillance la déplorait, il redevenait le vieux spécialiste au flair infaillible; son geste ne pouvait s’interdire de soulever des vagues d’émotion. Mais Seguey s’était ressaisi:
—Pouvez-vous me dire quelles sont les sommes?