Sa figure décharnée de vieille paysanne, sous son mouchoir sombre, était creusée de grandes rides autour du menton.

Deux jeunes filles, du bleu et du rose, le visage rapproché à travers les feuilles, chuchotaient longuement. L’une d’elles, fière de sa belle natte, de ses traits fins, de sa taille mince, aurait voulu savoir comment on danse le fox-trott. Mais l’autre, qui avait des yeux bleu clair, dans une figure ronde et plate, toute tachée de son, ne connaissait que la scottisch, la mazurka, et cette ronde pendant laquelle on chante: «A la tresse, jolie tresse...»

Plusieurs fois, pendant cette matinée, Paule avait été de la maison au bord de la route. Seguey tardait à paraître. Elle redoutait qu’il ne vînt pas. Toute la nuit, ayant été agitée, troublée, elle aurait voulu précipiter la marche des heures. Avant l’aube, elle avait ouvert sa fenêtre: la campagne était grise encore, les arbres tranquilles; tout exhalait un calme qui l’avait frappée. C’était donc ici qu’il allait venir. Quelle était cette parole qu’il n’avait pas dite et qu’il s’était décidé à lui apporter?

En ces heures glacées où la nuit s’achève, il lui semblait bien long d’attendre le jour. Maintenant, elle aurait voulu retenir le temps.

L’appel de la cloche éclata soudain. Louisa, quand elle ne savait où la trouver, avait coutume de sonner ainsi. Elle rentra rapidement. La vieille femme, plus hargneuse que jamais en ces jours où toutes ses casseroles étaient bousculées, se plaignit qu’elle ne fût jamais à la maison; on avait autre chose à faire qu’à l’aller chercher.

Paule, d’un geste, lui imposa silence:

—Mais enfin, pourquoi?

Pouley se montra.

Il avait son éternel sourire sur sa face rouge, tortillait sa casquette dans ses deux mains, et ne parut pas comprendre quand elle déclara, le visage mécontent et froid, qu’il lui était impossible de l’écouter:

—Revenez demain si vous voulez. Aujourd’hui, je suis occupée.