Quand Paule, à la fin de la journée, le vit passer, poussant son bœuf, et jetant aux uns et aux autres des mots irrités, elle pensa avec angoisse qu’il lui serait impossible de garder cet homme.

Dans le cuvier, où était foulée la dernière vendange, sous le feu trouble d’une lampe, le travail se prolongea jusqu’à près de huit heures. Paule regardait, dans les demi-ténèbres, la danse de quatre hommes écrasant les grappes; leurs jambes rougies s’enfonçaient dans l’épaisseur bleue. Ils la ramenèrent, avec des pelles de bois, dans le milieu du large pressoir. Le moût ruisselait.

A ce moment, Crochard entra, le pas chancelant, et s’entrava dans le tuyau de la pompe à vin. Il lança un juron ignoble.

Elle lui demanda s’il s’était fait mal. Mais déjà, il avait jeté la pompe à bas et se répandait en injures.

Elle alla vers lui. Une force la poussait. Le moment était venu pour elle de rejeter enfin une odieuse domination.

Elle lui dit:

—Sortez.

Une rage folle le secoua. Il ne sortirait pas. Ce n’était pas comme cela qu’on parlait aux gens. Sa petite tête coiffée d’un béret se rapprochait d’elle, crispée et furieuse. Paule en sentait l’haleine avinée. Mais elle faisait tête, le visage pâle et impassible; d’un geste, elle écarta les hommes accourus:

—Non, laissez-moi!

Et à Crochard: