—Je vous ai dit de sortir.
Il la menaçait maintenant, de son poing noueux qui avait rompu tant de fouets sur ses chiens et sur son bétail. La colère qui était en lui balayait tout, ambition, calculs,—une colère d’homme fou d’orgueil et à moitié ivre. Elle, elle, cette petite, elle avait l’audace de lui résister. Et il lui jetait, tout contre sa face, son profond réservoir d’injures,—les mots les plus bas, ceux qu’on crache aux filles. Il les reprenait, avec les pâteuses répétitions de l’homme qui a bu; et elle reculait peu à peu, traquée maintenant contre le pressoir.
Elle dit enfin, affreusement pâle:
—Emmenez-le.
Il y eut un bref corps à corps, des «bordées» d’injures, puis le tapage se perdit...
A Louisa, promptement survenue au bruit, elle répondit d’une voix qui s’efforçait de demeurer ferme:
—Ce n’est rien.
Dans sa chambre seulement, elle s’abandonna. La brutalité de l’attaque l’avait étourdie. Elle éprouvait bien un soulagement à la pensée que cet homme ne pouvait plus rentrer chez elle, mais ses impressions étaient les plus fortes, et elle sanglotait de souffrance et d’humiliation, écœurée par les mots affreux.
Elle se sentait pleine de pitié pour sa jeunesse. Plus encore que d’affection, elle avait besoin de respect. Pendant ces quelques instants affreux, les barrages avaient été rompus et la vie avait précipité sur elle ses flots les plus sales. Où trouverait-elle un refuge sûr? Le nom de Seguey, qui avait été mêlé à cette scène, la faisait rougir.
Un sentiment d’horreur lui venait pour l’existence que ce vieux domaine lui imposait. Pour la première fois, elle le haïssait; tout ce qu’elle avait aimé en lui s’évanouissait dans l’impression que sa jeunesse était sacrifiée à une tâche lourde et inutile; elle l’avait vu, dans sa pensée, florissant, prospère, avec ses vignes croulant sous les fruits: maintenant, elle n’aspirait plus qu’à la paix. Y parviendrait-elle?