Le soir, ils allèrent sur un promontoire de sable d’où ils dominaient la petite baie et un long rivage que baignait l’air empoussiéré d’une nacre brillante. Laure était assise, une veste jetée sur ses épaules, et Michel étendu presque sur sa robe. Elle regardait à son poignet la montre dont il ne l’avait pas encore remerciée. Au-dessus d’eux, des questions planaient, que l’un et l’autre voulaient éloigner, remettre, demandant obscurément grâce en ce premier jour.

— Enfin, pensait-il, elle est venue !

Comme il se retournait sur le tapis d’aiguilles, elle attira sa tête sur ses genoux et le retint longtemps embrassé.


Il y avait près de deux semaines que Laure était installée sur cette côte. Michel l’avait raccompagnée en barque au soleil couchant. Puis il était revenu à Piraillant. Un pêcheur qui nettoyait son filet sur la plage, l’avait vu entrer dans la cabane, sortir, puiser un seau d’eau. Puis il avait mangé une poignée de coquillages, assis sur le banc.

La nuit était venue. Le fils de Biscosse, qui avait balayé devant sa porte des aiguilles de pins, y mettait le feu. Il remuait avec une fourche le tas embrasé ; la fumée, emportée par le vent, sentait la résine, et les gerbes d’or s’envolaient.

C’était une de ces chaudes soirées de juillet que les pêcheurs appellent un « temps de sole », parce que cette pêche veut un ciel couvert et une lune chargée de plume. Le vent du sud chassait les nuées d’orage. Michel avait fermé le volet, la porte, et pris un sentier qui filait à travers les bois. Il marcha un moment au milieu de petits pins souffreteux, tordus, à la jambe naine, qui semblent ramper dans des creux de dunes. Lorsque de temps en temps, il se retournait, ses yeux dominaient le bassin gris-bleu et quelques voiles disséminées.

Ce n’était pas la première fois que sa souffrance intérieure le poussait à ces longues marches. Le bois obscurci où il s’enfonça lui soufflait au visage une haleine de four. Il se représenta sa mère dînant dans la salle éclairée du petit hôtel qui ouvrait sur la place. Elle ne lui avait jamais proposé d’entrer. Chaque soir, comme il la raccompagnait, elle avait une façon de ralentir le pas avant l’arrivée qui l’avertissait de la laisser seule.

Ou bien elle s’arrêtait, barrant le chemin, faisant en hâte ses recommandations pour le lendemain, sans doute par crainte d’éveiller les soupçons des gens de l’hôtel.

— Dîne bien, disait-elle, en l’enveloppant d’un tendre regard.