Les mots s’étranglèrent dans ses larmes. Il ne la regardait pas. La tête à la baraque brûlante, elle pleurait. Le nœud lâche de ses cheveux avait glissé sur sa nuque, et ses bandeaux à moitié défaits, elle renversait son visage charmant mais tellement meurtri et épouvanté que la bouche avait l’expression d’un masque tragique.
Ce fut une heure terrible — une heure qui la laissa tremblante et brisée comme si l’orage qu’elle croyait bien loin fondait sur leurs vies. Non qu’elle n’eût jamais imaginé des violences et des catastrophes ! Il y avait eu des moments où l’angoisse la tenait éveillée la nuit. Mais c’était Marc qu’elle redoutait dans sa crainte affreuse d’une dénonciation, rassurée pourtant par l’idée qu’elle saurait se justifier, nier, le convaincre, confiante dans le mystérieux pouvoir de l’amour pour repétrir, plus réelle que la vérité, son image adorée dans ce cœur d’homme. A force de vivre dans la crainte des événements, elle n’y croyait pas. Elle ressemblait à tant d’autres gens qui dorment, paisibles, au pied du volcan dont les grondements ne les troublent plus. Et le malheur venait maintenant, comme il vient toujours, imprévu. Car c’était devant Michel qu’elle tremblait, aveuglée de larmes. Sa voix emportée la secouait :
— Quand vous m’aurez dit qui est mon père, ce sera fini. Vous pourrez faire ce que vous voudrez. Seulement, je veux, j’ai le droit !
Elle le regardait, épouvantée. Ces cris d’un cœur gonflé de révolte, elle les avait déjà entendus. Elle se sentait heurtée, bousculée, prise de la même défaillance qu’elle avait jadis éprouvée quand Daniel voulait se tuer. Son masque dilaté, l’éclat de ses yeux, c’était bien cela… Elle le revoyait, à ses genoux, rongé à la fois par la passion et par le regret. Le remords qu’il ne pouvait plus refouler arrachait à son cœur des mots tyranniques.
— Je ne veux pas qu’il sache jamais… Promettez-moi…
Elle tendait ses mains à Michel, et d’une voix suppliante :
— Je ne peux pas te dire !
C’était sa destinée d’être jetée au milieu de tous ces violents. La tête appuyée à la cabane, elle revivait les heures affreuses où Daniel aussi, fou de chagrin, l’avait repoussée. Il restait parfois plusieurs jours sans qu’elle le revît, puis reparaissait, ramené vers elle par une force dont il avait honte. Il avait bien fallu son désespoir pour lui révéler combien elle était coupable. Car Daniel aimait Marc. Il le trahissait, les yeux fermés, s’enfuyant ensuite avec horreur comme s’il venait de commettre un crime. C’était elle qu’il accusait déjà en secret, la détestant d’avoir été faible, inconsolable devant le meilleur de lui-même souillé et perdu ; et avec lui, ceux qui restaient la condamneraient, son mari, Michel, puisqu’elle avait, sans cesser d’être tendre et compatissante, ruiné tant de choses.
Michel s’acharnait :
— Voulez-vous que je passe toute ma vie sans savoir même qui est mon père ?