— Attends seulement…

— Vous me le direz, ajouta-t-il, comme se parlant à lui-même.

— Ne crains rien. Aie confiance en moi.

Elle avait mis sa main sur sa tête, l’attirait contre elle, murmurant des mots d’espérance. Tout à l’heure, prise d’une terreur folle, elle aurait bien voulu partir tout de suite. Mais elle s’oubliait maintenant, elle pensait à lui, navrée à la vue du chagrin qui le dévorait, élargissant encore cette détresse de toute l’amertume de ses souvenirs.

— Ne te fais pas de peine, mon petit. C’est impossible que je reste ici ni que je revienne. Mais pourquoi ne viendrais-tu pas à Bordeaux ?

L’air embrasé tremblait sur l’eau. Il avait tressailli et regardait au loin, les yeux dans le ciel. Un bateau de course passait, sa haute voilure blanche à peine inclinée, resplendissant dans la lumière.

— Tu m’entends, Michel, murmurait Laure, les yeux pleins de douceur, d’attente et de prière. Ce travail des parcs, c’est une folie. Tu continuerais à t’instruire. Je pourrais te voir…

Il sentait son bras autour de son cou et ne se dégagea pas. Elle parlait de la vie qu’il menait ici, représentant qu’il n’était pas fait pour ces travaux rudes, invoquant l’avenir, rêvant, suppliant, étourdie elle-même par mille chimères. Le souvenir de l’abbé Danizous traversa soudain son esprit et elle pâlit. « Non, il se trompe, » se disait-elle, impatiente d’arracher Michel à cette existence et de le reprendre. L’idée de le faire venir à Bordeaux ne l’effrayait plus. Depuis qu’elle l’avait vu si malheureux, elle voulait seulement le rapprocher d’elle.

Il l’écoutait sans bien l’entendre, l’imagination le transportant déjà dans une autre vie ; tout résonnait dans son âme, rumeur lointaine d’un monde inconnu. Mais elle vit soudain une ombre passer sur sa face :

— Je ne veux pas aller en pension, cria-t-il en se soulevant. Être enfermé, je ne pourrais pas !