En vain s’efforçait-elle de le calmer, de le retenir. Le souvenir des insultes reçues courait dans son sang. Là-bas, comme ici, il serait misérable et seul :

— Laissez-moi tranquille.

Il se dégagea, parcourut d’un regard le ciel et la mer, et rentra brusquement dans la cabane.

— Mon Dieu ! gémit-elle.

La porte était restée ouverte. Elle se leva deux ou trois fois, vit qu’il s’était couché sur son lit, la tête dans son bras. L’obscurité de la petite chambre, au volet fermé, était seulement rayée de quelques fils d’or.

Alors elle revint s’asseoir sur le banc, accablée, sans forces. Une heure passa, dans le bourdonnement confus de l’été ; et tout flambait, le bleu-gris du ciel, le sable, les baraques, l’eau fourmillante d’étincelles. D’un pas lassé, elle fit le tour de la cabane, monta des ruelles, redescendit ; sa tête touchait presque les énormes raisins de Malaga qui pendaient aux treilles ; et elle allait dans ces couloirs plafonnés de verdure, errante, indécise.

Hameau de marins, silencieux, paisible, dans un hémicycle de pins, devant sa plage de sable rose. A cette heure, il était désert, les pêcheurs travaillant au large. Il ne restait que quelques vieilles, toutes cassées, se traînant à petits pas le long des cabanes, ou se chauffant, assises près des portes, sur des bancs de bois.

— Que je souffre ! soupirait-elle.

Comme tout ici était tranquille et qu’elle serait volontiers restée ! Quelque chose finissait, la pénétrant de regret et d’appréhension. L’idée de venir sur cette côte l’avait libérée pour un temps de difficultés écrasantes, et voici que renaissaient les complications, en même temps qu’elle se sentait plus faible pour les dénouer. Elle pensait à Marc, esprit élevé et plein de bonté, cœur sûr, comme si elle voyait en lui son refuge.

La chaleur accablait le pignada. Elle s’était assise sur la dune. Le soleil enfilait le sous-bois vallonné, nappé de plaques d’ombres. L’eau montante ramenait les barques au port. Laure voyait approcher les longues pinasses à l’avant cambré comme les pirogues des anciens pirates. De loin, elles ressemblaient à des fourmis. Certaines longeaient l’île basse, étendue de sables arides, sur laquelle se détachaient seulement quelques cabanes isolées et des bouquets d’arbres. Le battement des avirons allumait sur l’eau des paillettes d’or. Elle distinguait au fond de la pinasse des visages connus, parfois un homme ou une femme l’interpellait, en faisant des signes ; puis l’avant incliné de l’embarcation glissait en s’inclinant sur le sable mou.