Le soir venait. Elle redescendit vers le port. Mais dans la rangée de cabanes alignées le long du rempart, la petite case grise était close. Elle secoua longuement la porte, regarda avec stupeur son sac et l’ombrelle que Michel avait placés sur le banc. Que faire ? Où aller pour le retrouver ? Elle eut soudain très froid, puis ses joues brûlèrent. Sa peur grandissait. Elle courut presque le long du rempart, cherchant, appelant, criant, mais sans rencontrer personne.

Clémence, la pêcheuse qui la servait, savonnait du linge dans un baquet, ses manches relevées, sous sa treille que recouvrait une vieille voile.

— Vous n’avez pas vu Michel ?

Tout à l’heure, elle croyait l’avoir aperçu. Où allait-il ? Elle n’avait pas fait attention.

Laure précipitait sa course d’une ruelle à l’autre. Les yeux la suivaient. Des femmes soulevaient à son passage leurs petits rideaux.

— Il ne peut pas être bien loin !

Un marin, debout sur le port, lavait son filet, faisant voler le chevelu d’algues et de goémons emmêlé aux mailles :

— Ah ! dit-il, vous pouvez courir pour le rattraper. Puisque la pinasse est à la chaîne, c’est dans le bois qu’il s’en est allé. Ce garçon est toujours parti. Ça va, ça rôde toute la nuit, ça ne sait pas coucher dans un lit.

Dans sa face couleur de cuir, aux orbites profondes, la malice alluma soudain son œil fin :

— Il s’en va coucher dans quelque fourré, avec les renards.