Ils restèrent longtemps assis côte à côte. Michel n’avait plus son air mauvais et le chagrin l’avait abattu.

Ils naviguèrent tout l’après-midi. Laure s’était étendue au fond de la pinasse dont le bois brûlait. Michel ramait. Entre les terres submergées qu’il connaissait bien, c’était tout un lacis de chenaux sur lesquels la barque filait. Une grande brise passait sur eux ; il rêvait d’un amour qui serait fort comme le vent du large et emplirait ainsi tout son être ; un amour qui aurait parcouru le ciel, les dunes violettes, froissé l’eau changeante ; un amour salubre qui lui ferait la poitrine vaste.

En face d’eux, de l’autre côté de l’eau soyeuse, Arcachon tremblait dans le poudroiement d’une atmosphère éblouissante. Ils distinguaient, comme autant de touches vives et claires, les villas posées au bord du bassin, la masse blanche du grand hôtel, un clocher d’église.

Par derrière, les ondulations revêtues de pins. Leurs teintes de bronze se muaient en des violets sombres et des bleus lointains.

Le soir, comme ils devaient se dire adieu, Michel raccompagna sa mère silencieusement. Il était tard. Le soleil couchant répandait au-dessus des bois une buée ardente. Les brasiers du ciel s’écroulaient.

Elle s’arrêta sur une pointe de sable humide, toute baignée par le reflet resplendissant. Un instant elle parut hésiter à dire quelque chose. Un espoir immense le souleva.

Mais non, elle l’étreignit seulement avec une tendresse muette qui le fit frémir.

— A bientôt, dit-elle, je te préviendrai.

Il ne résistait plus. Elle comprenait qu’il avait cédé ; mais elle entrevit ce qu’il souffrirait encore.

Après le dîner, il alla s’asseoir sur la dune, dans le bois de pins inondé par la clarté bleue de la nuit splendide. L’eau était d’argent.