Elle n’avait pas osé venir à la gare. Mais elle était montée dans la chambre le lendemain matin. Il dormait encore, les épaules hors du drap, les fenêtres ouvertes à cause de cette sensation d’étouffement que lui donnait la ville. Sa valise débordait de vêtements jetés sur le parquet, de livres épars.
Laure s’était assise sur une chaise et le regardait, écoutait son souffle. C’était la première fois qu’elle voyait son enfant dormir ! Il avait lu dans son lit, la bougie n’était plus qu’une larme de cire écrasée, et maintenant il se reposait.
Comme il dormait bien ! Elle voyait enfin desserrées ses lèvres gonflées de vie ; et sous les cheveux en désordre, ce qui baignait le haut du visage, c’était la paix, mystère des paupières closes, de l’ombre des cils sur un masque jeune.
Il était dix heures quand Michel ouvrit les yeux, les referma, s’éveilla enfin. Était-ce encore un rêve ou la voyait-il, assise près du lit, le visage tourné vers son réveil ? Elle avait ôté son chapeau. Ses cheveux étaient pleins de soleil.
Il se soulevait :
— Quelle heure est-il ?
— Tu as bien dormi.
Elle riait et l’embrassait à la fois, rapprochait sa chaise. Il regardait sa figure allongée et brune, ses yeux, son sourire ; le grand jour entrait dans la chambre, et tout lui semblait si différent, baigné de joie, la cheminée éclairée par ce gros bouquet de dahlias orange qu’elle avait planté dans un vase de cuivre reluisant. Il y avait une glace encadrée de bois qui le reflétait.
La gaieté entrée dans la mansarde, c’était encore ce petit chapeau fleuri d’une rose au coin de la table ; et, sur une chaise, la longue veste doublée de soie claire. Elle voyait qu’il était content et disait de ces choses qui semblent des riens — bulles légères sur cette impression de bonheur où le cœur baigne, s’ouvre peu à peu. Il aurait fallu ne plus se souvenir, arrêter le temps.