L’étude se trouvait dans une rue triste, non loin de la cathédrale, au rez-de-chaussée d’un vieil hôtel rongé par l’humidité. Il y avait sous la voûte de longues traînées noires. Quelques fusains s’étiolaient dans la cour pavée, d’une mélancolie de cloître.

Une salle basse et enfumée, tapissée de cartons verts, bariolée d’affiches, avec des banquettes de crin crevées, et deux grandes tables surchargées d’un fouillis inextricable d’actes, de dossiers, bouleversé à tout moment sans que personne semblât capable de rien retrouver, telle apparaissait l’étude de Me Malleret dans laquelle Michel s’était trouvé transporté, passant de l’air libre et vierge de l’océan à l’atmosphère la plus renfermée.

On lui avait assigné sa place près d’une fenêtre. Il avait cru d’abord suffoquer. Un poêle brûlait, chauffé à blanc, qu’attisait à tout moment un vieux clerc pâli sur les écritures, d’une santé aussi délabrée que sa jaquette et qui redoutait les courants d’air. Quant à M. Chautard, un homme flasque, qui avait des poches sous les yeux, on l’apercevait à travers des vitres, cloîtré dans une sorte de cage en verre, où une table maculée et un coffre-fort rétrécissaient tellement l’espace libre qu’une seule personne avec lui pouvait trouver place.

Quand le caissier avait parlé de Michel à Me Malleret, il lui avait dit :

— C’est un enfant naturel dont je me suis chargé.

— Borduron le mettra au courant, avait décidé le notaire.

Huit jours s’étaient écoulés. Michel s’installait maintenant sans que personne prît la peine de le remarquer. Toute cette première semaine, il avait beaucoup souffert d’être emprisonné. On le voyait bâiller, étirer ses bras. Le monde lui paraissait au fond de cette cave misérable et morne, couleur de poussière.

Il entrait avec les autres, tirait un livre de sa poche, et le glissait sous les papiers. Cette fièvre de lecture qui l’avait envahi la nuit de son arrivée le sauvait de l’écœurement. Tout lui était bon, sciences, histoire, philosophie. Sa journée finie, il s’arrêtait près de la Faculté, à l’étalage d’un bouquiniste, fouillait dans le tas.

Aussi arrivait-il à l’étude, taciturne, les poches gonflées, expédiait au plus vite quelques obscurs travaux de copie et lisait du matin au soir. Ces volumes dévorés dans sa petite chambre solitaire, ou au fond de la salle morne, avec la préoccupation un peu enfiévrée d’une revanche encore inconnue, prenaient de tout cela quelque chose d’intense et de presque sombre. Il était un garçon de quinze ans différent des autres, isolé, en quête de ces merveilleuses maisons de refuge que l’imagination crée au-dessus du monde.