Il n’y avait encore personne dans l’étude, et la femme de ménage balayait la salle, lorsque Michel, exécutant la première partie d’un plan arrêté pendant la nuit, chercha dans le bureau du premier clerc un fort volume relié. C’était un Traité de droit civil. Il le feuilleta, s’arrêta au chapitre de la « Filiation naturelle ».
« Quels enfants ne peuvent pas être reconnus ? » lut-il en tête d’un alinéa.
Il était debout, réfléchissait, puis reprit le livre :
« Il y a une certaine catégorie d’enfants naturels dont l’état ne peut pas être légalement constaté, du moins d’une manière directe. Ce sont les enfants adultérins. Pour eux, notre loi n’admet ni reconnaissance volontaire ni reconnaissance forcée. A leur égard, elle s’est montrée d’une sévérité extrême. Elle a considéré que la reconnaissance n’en devait pas être admise, parce qu’elle constituait l’aveu d’un crime, et que d’autre part, on ne pouvait, sans soulever de très graves scandales, appeler les tribunaux à constater une pareille filiation. »
Michel relut deux ou trois fois l’alinéa et parcourut la fin du chapitre. Ses mains tremblaient. Il venait de voir passer un trait de lumière. Ces lignes expliquaient tout à coup ce qui lui avait encore échappé.
La femme de ménage raconta plus tard qu’il était sorti comme un fou. Un désir de fuite soufflait sur sa vie. Pour la dernière fois, il remonta l’escalier jusqu’à sa mansarde, rassembla en hâte ses vêtements, ses livres, boucla sa valise.
Avant de partir, il prit une feuille de papier et écrivit d’un trait :
« Veuillez dire à la personne qui a jusqu’ici payé pour moi que je ne veux plus désormais la voir. Ceci est le dernier mot que je lui adresse. Si elle le désire, ce qu’elle a déboursé lui sera rendu. Je sais qu’elle n’a aucun droit sur moi et la hais autant qu’elle m’a méprisé. Qu’on ne me cherche pas. Je reviens à Arès et gagnerai ma vie par mon travail.
« Michel. »