La tristesse emplissait la petite maison. La fenêtre de la chambre était entr’ouverte : on entendait le bruit du vent et le ronflement d’une scierie ; quelques camartaux de planches se trouvaient groupés dans une prairie autour d’un hangar.

Ce n’était pas un de ces presbytères de village où tout est commode, bien aménagé, avec un air de bonhomie et le parfum des choses désuètes. Le curé avait dû louer une petite villa : quatre pièces séparées par un corridor. Il y avait sur le jardin une galerie à colonnettes où s’enroulaient des rosiers grimpants ; aux beaux jours, l’abbé y installait sa chaise de sangle.

La chambre était petite, tapissée d’un papier gris à bouquets dont le rouleau n’avait dû coûter que quelques centimes. Bien qu’on le vît à certains endroits sale et déchiré, le curé ne l’avait pas fait remplacer. Il trouvait toujours les choses « assez bien ». Quand ses meubles étaient arrivés, un lit de fer, une table de pitchpin, quelques chaises, les gens avaient jugé qu’il était bien pauvre. Cependant à son grand air distingué, chacun devinait qu’il devait être un fils de famille. Puis le bruit avait couru que c’était un original.

Vers deux heures, la crise s’apaisa. Il demanda un bol de lait et ferma les yeux. La sueur collait ses cheveux à ses tempes, son cœur battait fort, mais quelque chose en lui se soumettait, s’offrait, avec une humilité de serviteur qui a attendu pour se coucher l’ordre de son maître.


Deux ou trois heures de l’après-midi passèrent encore et quand la sonnette résonna, ce fut un petit coup discret, réservé, décelant une main de femme prudente. Mlle Saujon venait savoir des nouvelles.

C’était la directrice de l’école libre. Elle avait une voix étouffée, éternellement compatissante, qu’il fût question d’un ennui de ménage ou du cas le plus désespéré. Une femme sans âge, vêtue de noir, et dont on n’imaginait pas qu’elle eût jamais porté des couleurs plus gaies. Excellente, elle avait le défaut de ne rechercher que les choses tristes. La joie la mettait en méfiance. Elle s’en écartait avec une instinctive désapprobation. Il y avait sur toute sa personne comme un goût de cendre. Très douce et d’un entêtement invincible, elle confiait parfois à demi-mot, aux personnes dont elle était sûre, que le curé ne lui paraissait pas bien équilibré.

Il y eut un colloque où dominait le patois de Mariette.

— Ce ne sera rien, il faut du calme, du repos, décida la voix compatissante.

La porte se referma. Mlle Saujon, avec son petit chapeau noir qui avait la forme d’une galette, glissa sur la place. Devant l’épicerie, elle fut arrêtée par une dame coiffée d’une capote, qui portait sous son manteau une boîte de vermicelle.