Le col de l’embarcation glisse entre les collecteurs qui semblent de grosses ruches noires. Les lattes s’écartent. Les voici sur le parc que recouvre une claire couche d’eau. Sylvain, enjambant le coffre, jette le grappin qui plonge au bout de la corde déroulée dans des gerbes d’éclaboussures.

Michel a abandonné ses avirons le long du bordage, sa poitrine s’apaise, il se sent heureux.

Mais Sylvain, sans le regarder, enfonce sa fourche dans le tas d’huîtres.

— Maintenant, dit-il, nous allons jeter.

Les huîtres lancées à la volée s’éparpillent sur le champ marin.


Il y avait plus d’une demi-heure que l’homme et l’enfant, assis de chaque côté du large banc formé par le coffre, mangeaient en regardant la mer baisser autour des piquets où sa trace laissait une bague humide.

Sylvain, prévenant, venait de pêcher une poignée d’huîtres. L’estomac alangui, Michel faisait avec son couteau sauter la charnière. L’eau qui ruisselait de la coquille avait le goût âcre de la mer. Il la buvait. Comme la vie ce matin lui semblait meilleure ! Son corps était las, mais son cœur engourdi, apaisé, heureux ! Il se pencha sur le bordage et regarda à travers cinquante centimètres d’eau un crabe courir.

— Couvre-toi, lui a dit tout à l’heure Sylvain en lui tendant son paletot.

A deux ou trois reprises, poussant le verre de son côté, il lui a même offert de boire « un bon coup ».