Laure avait regardé de loin la treille et le portillon. « Il ne m’attend pas, se dit-elle, je ne suis jamais venue le matin. » Elle pensa avec émotion qu’elle allait passer avec lui la journée entière. A défaut du secret qu’il réclamait, elle lui donnerait cette preuve de tendresse.
Le volet était fermé et la porte close. Elle la secoua. La pensée qu’elle pourrait ne pas le trouver ne l’avait pas encore traversée. Tout en réfléchissant, indécise, sous la galerie, elle imaginait la longue journée.
De l’autre côté du grillage, une femme, courbée dans une volière, jetait du grain au milieu d’un troupeau de poules. Elle passa par l’ouverture de la cage une tête à moitié cachée dans un foulard noir.
— Pardon, dit-elle, il n’y a personne. Le Picquey est au parc avec sa petite et votre garçon.
Elle s’était approchée de la clôture. Vieille Carabosse, au mouchoir noué sous le menton, elle appuyait sur une canne deux mains noueuses couleur de châtaigne.
— Elvina, expliqua-t-elle en son patois, venait de partir avec son âne. Elle devait passer la journée chez sa cousine, la jardinière, qui lui avait promis du plant de salade.
Laure ne comprenait qu’à moitié la vieille. Mais elle regardait la cour déserte, bien balayée, le bois entassé en ordre dans le bûcher et cet air de calme que prennent les choses lorsque les maîtres s’en sont allés. Sous le petit chapeau, couvrant son front, une expression grave, un peu angoissée, descendait de ses yeux à son visage.
Comme elle avait une robe bien coupée et sur les épaules un renard argenté, à la queue fournie, découvrant son cou, la vieille, qui était avantagée d’un nez barbouillé de tabac et de deux yeux de pie, sous des peaux plissées, la regardait d’un air de pauvresse.
— C’est du monde riche !