— Est-ce que vous savez, demanda Laure, quand ils reviendront ?

Mais la voisine ne comprenait pas. Ou bien elle était dure d’oreille. La jeune femme répéta la question à deux ou trois reprises, élevant chaque fois un peu plus sa voix. Elle avait honte de crier ces choses et jetait autour d’elle un regard anxieux.

— Non, affirmait la vieille, en montrant la porte avec son bâton, Elvina ne reviendra pas avant le souper.

Laure prit la route du port. Un malaise s’emparait d’elle, cet esprit d’agitation qui souffle sur un être au moment où échappe la satisfaction qu’on croyait tenir.

La veille encore, elle s’était demandé s’il ne valait pas mieux remettre son voyage. Deux ou trois fois, elle avait changé de résolution pour se décider au dernier moment. Maintenant il lui semblait indispensable de rejoindre Michel le jour même. Comment pourrait-elle repartir sans l’avoir revu ? Qu’allait-elle faire ? Elle regardait la route, les maisons, les petits jardins où les femmes tournaient les yeux pour la voir passer. Toute autre crainte que celle d’être frustrée de son espoir se trouvait étouffée en elle ; et ce coin de village avec des cabanes disséminées, au milieu des prés, lui paraissait une contrée lointaine où personne ne pouvait avoir l’idée de la dénoncer.

Devant la jetée, elle trouva le calme des journées où presque tout le monde a pris la mer pour aller aux parcs. Le temps était doux et voilé. Le soleil répandait dans le ciel à travers un nuage un éclat d’argent. L’eau était encore assez haute avec quelques pinasses disséminées flottant sur leur ombre.

Elle parcourut des yeux l’horizon marin où pointait une petite voile. La vue du bassin qui la séparait de Michel excita plus vif son désir :

— Il faut que j’y aille !

Sur l’esplanade, un marin, debout, les bras levés, décrochait un filet tendu sur les piquets.

— Je voudrais trouver tout de suite un bateau, dit-elle, après l’avoir salué. Ce serait pour aller au parc des Picquey. Vous devez bien savoir où c’est…