De nouveau, elle se sentait faible, misérable, comme perdue dans un désert.

— Pourquoi me parlez-vous ainsi, dit-elle, levée. Vous ne sentez donc pas que je l’aime ? Et lui m’aime aussi. L’autre jour, il avait l’esprit égaré…

Elle s’était avancée vers la porte et il la suivit. L’étroit couloir était assez sombre. Pendant quelques secondes ils se regardèrent tous deux en silence : et le regard de l’abbé la pénétra.

— Croyez-moi, dit-il à voix très basse, comme dans un souffle. Personne ne peut échapper à Dieu… Il n’y a pour chacun de nous qu’une voie : souffrir.

Elle s’était appuyée au mur. Il lui semblait que sa tête tournait : ne plus le voir, souffrir, expier ! Par un revirement incompréhensible, elle le voulait bien. Ce fut comme une lueur des grandes choses divines au fond de son âme.

Quand l’abbé Danizous rentra dans le parloir, il leva ses yeux vers le Christ attaché au mur. Une fièvre de pitié et d’espérance dilatait son âme.

Elvina avait passé la journée chez sa cousine, la jardinière, qui vivait avec sa famille au milieu d’un grand potager aménagé près d’un bois de pins. C’était à peu de distance d’un petit cours d’eau. L’homme avait creusé des bassins, posé des tuyaux d’irrigation. Les planches de sable s’alignaient rayées de pousses vertes. Il y avait de petits semis où se touchaient les tiges minces comme un fil. Les choux-fleurs, dans un corset bleu-acier, présentaient leur pomme.

Les Biscosse disaient :

— Elvina est bien heureuse maintenant. Elle ne fait plus rien. C’est un bon temps qu’elle se passe.

Elle avait placé une chaise basse dans la petite charrette et s’en revenait, au pas de son âne. Les cahots secouaient à son côté un panier rebondi, couronné d’un gros chou frisé. Elle rapportait aussi, sachant profiter des occasions, du plant de salade et des détritus pour ses lapins. L’âne, les oreilles dodelinantes, s’endormait un peu. Elle ne le pressait pas. La route était belle, et de grandes fusées de soleil filtraient à travers les pins.