Son homme et les enfants devant coucher près du parc, dans leur cabane de Piraillant, où ils s’étaient transportés pour le détroquage, elle se sentait à l’aise, tranquille, avec cette idée qu’elle n’aurait, à son retour, qu’à faire chauffer la soupe et soigner les bêtes.

Ce fut à cent mètres de la gare qu’elle crut reconnaître Laure. Elle la voyait de dos. La jeune femme marchait lentement. Elle avait ôté sa fourrure qui se balançait sur son bras, battant sa robe. Elvina, levant son bâton, allongea sur la croupe bourrue un coup à son âne.

Sous sa « bénesse, » un sourd mécontentement chauffait ses yeux gris. Mais elle avait la bonhomie des grosses commères, aux lèvres agiles, qui se tirent d’affaire en toutes circonstances. Quand le charreton s’arrêta près d’elle, Laure eut un sursaut.

— Je me disais bien que c’était madame, commença Elvina. C’est une chance que je retourne par cette route. Ma cousine, la jardinière, s’était mis en tête de me faire prendre la traverse. Mais j’avais dans l’idée de passer près de la gare en m’en revenant.

Elle ne semblait pas voir que la jeune femme était triste et lasse.

— Vous avez voulu profiter de la belle journée ? Si nous avions su ! Votre petit, lui, est à Piraillant. Avec ce temps, nous ne pouvons plus le tenir dedans : à son âge, naviguer, ramer, vous pensez qu’il est bien heureux…

— Ah ! murmura-t-elle, et un sourire éclaircit sa figure fiévreuse, sa bouche affaissée, il aime cette vie ?

Elvina, qui guettait avidement l’impression produite par ses paroles, réjouie de voir la bonne tournure que prenait l’affaire, se répandit en explications. C’était sur le bassin que l’on respirait « les bons airs ». Le petit grandissait. Il mangeait beaucoup. Sylvain ne voulait pas trop l’emmener « rapport aux leçons ; » mais elle avait pris la chose sur elle, sachant qu’à cet âge, pour la santé, une journée au parc valait mieux que du vin bouché.

— Il y a des gens qui viennent de loin !

Elle se penchait par l’ouverture de la charrette, la gorge rebondie, tenant des deux mains les cordes qui glissaient sur le dos de l’âne. La jeune femme, debout, ranimée, changeait d’expression.