IX

D’où viens-tu, printemps éternel que précède un souffle mystérieux ? Quelle douceur d’amour traverse le sous-bois pour que dans les touffes de genêts, petite aile d’or, s’accroche de loin en loin une fleur messagère ? O pignadas, temple sylvestre aux innombrables et minces colonnes incrustées de rouille, voici que vole d’écorce en écorce l’acier qui vous blesse et que recommence de s’écouler votre vie secrète en perles et en stalactites aussi précieuses que la cire antique des abeilles.

Les petites crosses des fougères soulèvent en foule le sable noir. L’eau se précipite dans ces sinueux ruisseaux des forêts où se renversent, chevelures défaites sur un fond d’alios, les herbes submergées.

Le soleil, selon un rite divin, pénètre le monde comme une large et tendre mélodie. Sa flamme délivre les parfums cachés. Le ciel et la terre ruissellent de lumière, d’aromes et de joie. O déesses de la mer, si la coupe étincelante de feux azurés berçait encore vos seins plus blancs qu’un flocon d’écume, l’heure serait venue de ceindre vos fronts de goémons et d’algues.

Déjà les chœurs épars des oiseaux de passage dénouent leurs guirlandes. Les brises font sur la nappe claire de longues glissades. Joyeuse et légère, sur l’aile penchée de sa voile, la barque s’élance. Odeurs marines, embaumez la danse du vent ! Chantez, virginales, la fécondité qui s’annonce, le temps auguste où les eaux amères s’alourdissent d’innombrables germes.

Les mystères sacrés de la vie s’emparent du monde. O rivage, quel chant merveilleux te baigne ; et toi, forêt, quelles amours se cachent, parcelles d’encens, sous tes grottes de feuillage que criblent d’or blanc les flèches d’avril. Ton silence est tout bourdonnant d’aromes. Comme une flamme cuivrée court de touffe en touffe la fleur de l’ajonc.

Une ivresse enchantée a soudain changé la face de la terre. Il n’est pas, autour de la plus pauvre maison humaine, un petit jardin que le printemps n’annexe à son royaume. Lilas, ornez-vous de thyrses massifs ; enroulez, rosiers, autour des poteaux qui portent le toit, vos serpents de fleurs ; et vous, acacias, préparez sur le port vos cascades embaumées d’une écume blanche où gronde de joie l’essaim des abeilles.


A Piraillant.

C’était la dernière cabane au bout du rempart couvert d’une couche craquante de coquilles d’huîtres. Des flaques de genêts coulaient sur la dune. Il y avait deux acacias devant la porte et un banc sous le volet de bois qu’on attachait le soir avec un crochet.