[7] Vulcain.
[8] Mars.
[9] Hercule.
Mais non, ce n'est pas cela que Faublas vous demande. O divinité bienfaisante, vous n'êtes pas seulement la reine des plaisirs, on vous dit aussi la mère de l'Amour! Deux époux, quand ils sont encore amans, peuvent donc ne pas vous paroître indignes de votre protection. Du haut de l'empyrée, contemplez sans jalousie une mortelle aussi belle que vous; elle soupire, elle vous implore, elle m'attend. Honorez son chevalier d'un regard favorable, venez à mon secours, prévenez mes périls, écartez mes ennemis, conduisez-moi jusqu'à l'asile désiré; daignez me réunir à la plus chère moitié de moi-même. Alors sera brûlé sous vos auspices un encens délectable et pur; alors vous sera fait, en actions de grâces, un délicieux sacrifice également digne du ministre, de la victime et de l'idole.
Pendant que je fais cette poétique invocation, la prophétesse achève sa tournée dans le dortoir; bientôt elle descend chez elle et m'envoie chercher; il est inutile de dire que je mets le vêtement nécessaire, et que je laisse mon épée.
«Eh! bonsoir, mon aimable beau-fils!—Eh! bonsoir, ma charmante belle-mère!—Faublas, dis-moi donc quelle aventure…—Conte-moi, Coralie, par quelle métamorphose…—Monsieur, je suis mariée.—Je suis marié, Madame.—Mais cet événement-ci me fait trembler pour l'honneur de M. Leblanc!—Mais, ô ma Sophie! je crains bien de succomber encore à l'occasion!—Tiens, mon joli garçon, franchement tu arrives à propos, car un époux est une sotte chose, et j'ai besoin d'un amoureux.—Tiens, Coralie, je te retrouve fort heureusement, car la rencontre d'une jolie femme ne peut jamais me déplaire, et puis j'ai besoin d'un asile, d'un habit et d'un souper.»
Mme Leblanc me fit donner une robe de chambre et commanda qu'on me servît. On m'apporta la bouteille si nécessaire et la volaille tant désirée. Je bus avec l'empressement du musicien le moins sobre qui, depuis trois heures d'horloge, concertant sans relâche en bonne maison, n'a pas trouvé le moment de se rafraîchir. Je mangeai avec la constante avidité de tel maigre auteur qui, tous les lundis sans faute, admis à la table de tel gras libraire, y dîne périodiquement pour le reste de la semaine. Pendant que j'employois ainsi mon temps de la manière la plus utile, Coralie me contoit en peu de mots son histoire.
«Quelques jours après la comique catastrophe qui me ravit en même temps le père et le fils, un grave docteur est amené chez moi; M. Leblanc me fait la cour, tombe sérieusement amoureux, et m'offre sa foi, que je ne puis refuser, puisqu'il est riche. Je l'épouse donc…—Tu l'épouses!—Oui, je l'épouse! à l'église! et je te dirai même quelque chose de plus fort: c'est que depuis trois mois je suis fidèle; mais cela commençoit à m'incommoder. Oh! je l'avoue, je ne suis pas faite pour être réduite au calendrier des vieillards.—Madame, en ce cas, je crains bien de n'être pas arrivé chez vous aussi à propos que vous me faites l'honneur de le croire.—Bon! est-ce que tu veux des complimens? Ne sois donc pas si modeste, Chevalier. Pour revenir à M. Leblanc, je l'épouse donc. Il m'amène dans cette maison, que je trouve pleine de malades imaginaires et de prétendus docteurs. Mon mari, que chaque jour le magnétisme enrichit davantage, m'enseigne la fameuse doctrine, que je pratique vraiment fort bien, parce qu'elle m'amuse. Tu sais, mon ami, que je suis née rieuse, et que toujours je me suis divertie aux dépens de ceux que j'attrapois. D'ailleurs, on m'éleva pour les tréteaux, et le somnambulisme est presque une comédie publique. D'honneur, au mariage près, ma nouvelle condition ne me déplaît pas: Coralie ne danse plus, mais elle magnétise; elle prophétise, au lieu de déclamer: tu vois qu'il me reste toujours un rôle à jouer, et que dans le fond je n'ai fait que changer de théâtre.—Fort bien, Coralie; mais, à présent que j'ai soupé, parlons sérieusement: tu ne veux pas me renvoyer au dortoir?—Assurément non.—Tu consens à passer la nuit avec moi, malgré l'hymen?—Malgré l'hymen! dis donc à cause de lui, Chevalier; tu as de l'esprit, et je suis obligée de te dire que celui qui paye et le mari, c'est la même chose; et puis j'ai lu quelque part qu'on avoit toujours du goût pour son premier métier. Je n'ai pas oublié le mien, Faublas; je sais d'ailleurs que depuis longtemps les honnêtes femmes s'en mêlent: je te réponds que jamais aucune ne s'en sera mêlée plus volontiers que moi et pour un plus aimable gentilhomme que celui que j'embrasse.»
Je rendis à Mme Leblanc son baiser, et repris ainsi la conversation un moment interrompue:
«Ton mari où est-il?—A Beauvais, pour des affaires de famille.—Et ta femme de chambre ne causera-t-elle pas?—Tu as raison: que je suis étourdie, moi! il faut la mettre dans la confidence.»