LE BARON DE FAUBLAS
AU COMTE LOVZINSKI.

Le 3 mai 1785.

Je suis enchanté, mon ami, que votre roi, juste dans sa clémence, vous ait rappelé dans votre patrie et veuille vous y rendre, avec sa protection, vos emplois et vos biens. Dans quel moment vous m'avez quitté cependant! Si votre fille et la mienne ne m'étoient restées, je succombois à mon chagrin.

Je vous ai mandé qu'ils l'avoient retenu dix jours au château de Vincennes; qu'à ma prière, ils l'avoient transféré de là dans une maison de Picpus où l'on traite les insensés. Enfin ils ont pris tout à fait pitié du plus malheureux des pères: ils m'ont permis de reprendre mon fils et de le soigner chez moi. Je viens de l'aller chercher. En quel état je l'ai trouvé, grands dieux! Presque nu, chargé de chaînes, le corps meurtri, les mains déchirées, le visage sanglant, l'œil furieux! et ce n'étoit pas des cris qu'il poussoit, c'étoit des hurlemens, des hurlemens épouvantables.

FAUBLAS RECONNAÎT SOPHIE

Il n'a reconnu ni son père, ni mon Adélaïde, ni même votre Sophie! Sa démence est complète, elle est affreuse; il n'a devant les yeux que d'horribles images, il ne parle que d'assassins et de tombeau.

Voilà donc le fruit de ma coupable foiblesse!

D'un moment à l'autre, j'attends de Londres un médecin fameux pour les maladies de ce genre. On dit que personne ne guérira mon fils, si le docteur Willis ne le guérit pas. Qu'il arrive donc, qu'il me rende Faublas, et qu'il accepte tout ce que je possède!