P.-S. M. de Rosambert guérira de sa blessure; mais il faut qu'à la mort de Mme de B… de graves accusations se soient élevées contre son premier amant. Il vient de perdre ses emplois à la cour, et l'on assure que les officiers de son corps doivent lui faire écrire qu'ils ne veulent plus servir avec lui.
LE MÊME AU MÊME.
16 mai 1785, neuf heures du soir.
O mon ami! félicitez-moi, félicitez-vous! votre fille, votre adorable fille, nous a sauvés tous.
Ce soir elle crie: «Qu'il soit libre!» et soudain elle s'échappe, elle se précipite, elle arrive avec son époux au bosquet dont elle lui défend l'entrée. «Que venez-vous chercher?» lui dit-elle. Sans la regarder, il répond: «Je cherche un tombeau.» Et votre fille, du ton le plus tendre, d'un ton dont l'âme la plus insensible se fût émue, votre charmante fille lui réplique: «Pourquoi chercher un tombeau, mon bien-aimé? ta Sophie n'est pas morte!» Il s'écrie: «C'est la voix secourable!» Et, levant les yeux sur elle: «Sophie!… dieux! ma Sophie!» Il tombe dans ses bras sans connoissance; elle le soutient: nous voulons l'emporter. Willis accourt: «Non. L'amour, heureusement téméraire, a commencé la guérison; que l'amour l'accomplisse et qu'il y soit aidé par la nature. Frappons de tous les coups à la fois ce jeune homme déjà puissamment ému. Vous, son père, restez là; vous, sa sœur, approchez; qu'à son réveil il trouve autour de lui les objets les plus chers à son cœur.»
Faublas ouvre les yeux. «Ma Sophie! s'écrie-t-il,… mon père!… mon Adélaïde! Eh! d'où venez-vous donc?… Où sommes-nous?… J'ai fait un rêve affreux qui m'a paru durer plusieurs siècles!… Un rêve? Ah! mon Éléonore! ah! Madame de B…!»
Son épouse le presse sur son sein, le couvre de baisers, et répète: «Mon bien-aimé, ta Sophie n'est pas morte.—Sophie, dit-il, Sophie me rendra plus que je n'ai perdu! Sophie! ah! que je suis coupable! et vous tous aussi, pardonnez-moi mon ingratitude et les chagrins que je vous ai donnés.»
Il tombe à nos genoux; il veut parler, il ne le peut. Ses larmes enfin s'ouvrent un passage, ses sanglots étouffent sa voix. Willis fait un cri de joie: «C'en est fait! le voilà sauvé. Il est à nous, je vous réponds qu'il est à nous.»
Cependant il vient de se relever, il se sent très foible. Appuyé sur les bras de sa femme et de sa sœur, il regagne lentement la maison. Il passe sur le pont sans regarder la rivière; bientôt cependant il tourne la tête, il jette un coup d'œil sur le bosquet dont nous l'éloignons. «Tenez, nous dit-il, prenez pitié d'un reste de foiblesse, ne détruisez pas ce tombeau.»
Nous venons de le mettre au lit, il s'y est tout de suite endormi d'un profond sommeil. Votre adorable fille nous a sauvés tous.