On rit de la saillie du père; déjà le ribaud se levait et, le braquemart à la main, menaçait tous les cons de la salle.—Attendez! dit une sœur nommée Madelon; pour punir Saturnin, il me vient une idée.—Quelle est-elle? lui demanda-t-on,—C'est, répondit-elle, de le faire coucher sur un lit; Gabrielle s'étendra sur son dos, et le père qui vient de parler comme un oracle exploitera Gabrielle! Les ris redoublèrent; j'en ris moi-même, et dis que j'y consentais, à condition que pendant que le père foutrait sur mon dos, je foutrais, moi, avec la donneuse d'avis.—J'y consens, reprit-elle, pour la rareté du fait. Chacun applaudit, nous nous mîmes en posture. Figurez-vous quel spectacle ce devait être! Le père ne poussait aucun coup à ma mère qu'elle ne le lui rendît sur-le-champ au triple, et son cul, en retombant sur le mien, me faisait enfoncer dans le con de Madelon, ce qui faisait un ricochet de fouterie tout à fait divertissant; non pas pour nous, car nous étions trop occupés pour nous amuser à rire. Il n'eût tenu qu'à moi de me venger de Madelon, en laissant tomber le poids de trois corps sur le sien; mais elle était trop amoureuse, travaillait de trop bon cœur pour me laisser concevoir une telle pensée. Je la soulageais de mon mieux; elle en eut pourtant la peine; mais ce fut plutôt un surcroît de volupté pour elle, car ayant senti les délices de la décharge avant nos fouteurs d'en haut, le plaisir me rendit immobile. Gabrielle le sentit, et ses coups de cul, avec vivacité, faisaient pour moi ce que je n'étais plus en état de faire, et, en m'agitant, allaient donner de nouveaux ébranlements de plaisir à Madelon, qui déchargeait aussi. Nos fouteurs finirent et joignirent leur extase à la nôtre. Nos quatre corps n'en firent plus qu'un; nous mourions, nous nous confondions l'un dans l'autre.

Notre éloge sur cette façon de goûter les plaisirs excita les moines et les sœurs. Ils se mirent en devoir de foutre en quatrain,—c'est le nom que nous donnâmes à cette posture,—et nous à leur donner l'exemple. C'est ainsi que les plus belles découvertes qu'on ait faites dans la nature sont dues au hasard.

Gabrielle était si charmée de cette invention, qu'elle avoua qu'elle avait eu autant de plaisir qu'elle en avait goûté en me faisant. Curieux de savoir comment la chose s'était passée, nous la priâmes de la raconter.—J'y consens, nous dit-elle, et d'autant plus volontiers que Saturnin ne connaît encore que sa mère, sans savoir d'où elle vient ni comment elle s'est trouvée ici. Permettez-moi, mes révérends, de l'en instruire, et de remonter un peu plus haut que le jour que vous souhaitez que je vous rappelle. Mon ami, continua-t-elle en m'adressant la parole, tu ne te vanteras pas d'une longue suite d'aïeux illustres: je n'en ai jamais connu. Je suis fille d'une loueuse de chaises de ce couvent, et sans doute de quelqu'un des pères qui vivaient alors, car elle était trop vive et trop amie du couvent pour que je puisse penser que je dois le jour à son bonhomme de mari.

A dix ans je ne démentais pas mon sang; je connaissais l'amour avant de me connaître; les pères cultivaient mes heureuses inclinations. Un jeune profès me donna des leçons si sensibles que j'aurais cru payer les autres d'ingratitude si je ne leur avais fait connaître que j'étais en état de leur en donner moi-même. Je m'étais déjà acquittée de mon devoir envers chacun d'eux, quand ils me firent la proposition de me mettre dans un endroit où je renouvellerais mes payements aussi souvent que je le voudrais. Je n'avais pu le faire jusqu'alors qu'à la sourdine: tantôt derrière l'autel, tantôt devant, tantôt dans un confessionnal, rarement dans les chambres. L'idée de la liberté me flatta; j'acceptai les offres, j'entrai ici.

En y entrant, j'étais parée comme une jeune fille qu'on mène à l'autel. L'idée de mon bonheur répandait un air de sérénité sur mon visage qui charmait tous les pères. Tous brûlaient de me voir, et chacun briguait la gloire de me le mettre. Je vis le moment où le festin de ma noce allait finir comme celui des Lapithes.—Mes révérends, leur dis-je, votre nombre ne m'épouvante pas; mais je présume peut-être trop de mes forces: je succomberais, vous êtes vingt; la partie n'est pas égale; Je vais vous proposer un accommodement. Il faut nous mettre nus! (Et, pour leur en donner l'exemple, je commençai la première. Robe, corset, chemise, tout partit dans la minute. Je les vis tous dans le même état que moi; mes sœurs étaient aussi nues. Mes yeux savourèrent un moment le charmant spectacle de vingt vits roides, gros, longs, durs comme fer, et qui se présentaient fièrement au combat.) Allons, repris-je, il est temps de commencer. Je vais me coucher sur ce lit; j'écarterai assez les cuisses pour qu'en accourant sur moi le vit à la main, vous m'enfiliez l'un après l'autre, car il faut que le sort règle le pas; les maladroits n'auront pas à se plaindre, puisqu'en me manquant ils trouveront des cons tout prêts sur qui ils pourront décharger leur colère. Voilà, messieurs, ce que j'avais à vous proposer. Ils applaudirent tous à cet heureux essor de mon imagination. On tire au sort, je tends la bague, on court: un, deux, trois passent sans m'enfiler, et vont tomber sur mes sœurs, qui leur font oublier leur malheur par toutes sortes de plaisirs. Un quatrième vient, c'était vous, père prieur. Ah! je payai votre adresse par les transports les plus vifs; et si le plaisir qu'on goûte par une décharge mutuelle fait concevoir, vous partagez la gloire d'avoir fait Saturnin avec quatre ou cinq de ceux qui vous suivirent. Oui, mon ami, continua-t-elle eu s'adressant à moi, tu as l'avantage d'être au-dessus des autres hommes, qui peuvent bien dire le jour de leur naissance, mais non pas celui où ils ont été faits.

Telles étaient nos conversations dans la piscine, tels étaient les plaisirs que nous y goûtions. Je ne m'y rendais pas le dernier. Toutes les nuits j'allais chez le prieur ou chez le dépensier: J'étais infatigable; je conduisais toujours la bande joyeuse. Bref, j'étais l'âme et les délices de la piscine; tout, jusqu'aux vieilles, tout tâta de mon vit. La réflexion cependant perçait quelquefois au milieu de mes plaisirs; toutes nos sœurs me paraissaient charmées de leur sort. Je ne pouvais concevoir que des femmes, dont le naturel est vif et dissipé, eussent pu, sans frayeur, concevoir le dessein de passer leur vie dans une pareille retraite, y vivre sans dégoût et être sensibles à des plaisirs achetés par un esclavage éternel. Elles riaient de mon étonnement, et ne pouvaient elles-mêmes concevoir que je pusse avoir de pareilles idées.—Tu connais bien peu notre tempérament, me disait un jour une d'entre elles extrêmement jolie, et que le libertinage, fruit trompeur d'une éducation cultivée, avait fait jeter dans les bras de nos moines; n'est-il pas vrai, me disait-elle, qu'il est plus naturel d'être sensible au bien qu'au mal? J'en convenais. Ferais-tu difficulté, reprenait-elle, de sacrifier une heure du jour à la douleur, si l'on t'assurait que l'heure suivante se passerait dans une extrême joie?—Non, assurément, lui disais-je.—Eh bien, poursuivit-elle, au lieu d'une heure mets un jour; de deux, l'un sera pour le chagrin et l'autre pour le plaisir; je te crois trop sage pour refuser un pareil parti si l'on te l'offrait. Je dis plus: l'homme le plus indifférent ne le refuserait pas, et la raison en est toute naturelle. Le plaisir est le premier mobile de toutes les actions des hommes; il est déguisé sous mille noms différents, suivant les différents caractères. Les femmes ont de commun avec vous tous les caractères possibles; mais elles ont au-dessus l'impression victorieuse du plaisir de l'amour; leurs actions les plus indifférentes, leurs pensées les plus sérieuses naissent toutes dans cette source et portent toujours, quoique déguisées, la marque du fond d'où elles sortent. La nature nous a donnés des désirs bien plus vifs, et par conséquent bien plus difficiles à satisfaire que les vôtres. Quelques coups suffisent pour abattre un homme, et ne font que nous animer, mettons-en six; une femme ne recule pas après douze. Le sentiment du plaisir est donc au moins une fois aussi vif dans une femme qu'il l'est dans un homme, et si tu te croyais heureux de payer un jour de joie par un jour de chagrin, trouverais-tu étrange que j'en donnasse deux? Serais-tu surpris que je passasse les deux tiers de ma vie dans la peine pour passer l'autre tiers dans le plaisir? J'ai mis les choses égales entre nous: quand tu nous vois continuellement occupées de ce qui fait le souverain bonheur des femmes, quand nous sommes continuellement dans vos bras, dis-moi, crois-tu que nous puissions songer à la peine, qu'elle ait quelque empire sur nous? Ne trouveras-tu pas notre condition mille et mille fois plus heureuse que celle de ces filles imprudentes qui, nées avec des inclinations aussi violentes que celles des autres femmes, viennent porter dans la solitude des désirs qui ne seront jamais apaisés par les embrassements d'un homme? Qu'ils seraient plus vifs, ces désirs, s'il était possible de nous refroidir! Nous ne regrettons rien ici. Libres des inquiétudes de la vie, nous n'en connaissons que les charmes; nous ne prenons de l'amour que les agréments et nous ne remarquons la différence des jours que par la diversité des plaisirs qu'ils nous procurent. Désabuse-toi, père Saturnin, si tu nous crois malheureuses.

Je ne m'attendais pas à trouver des pensées aussi justes dans une fille que je ne croyais capable que de sentir le plaisir. Né pour le goûter, je profitai de l'heureux penchant qui me la livrait, et nous satisfîmes à loisir nos transports.

L'homme n'est pas né pour être toujours heureux; je devins rêveur. J'étais en fouterie ce qu'Alexandre était en ambition: je désirais de foutre toute la terre, et après elle un nouveau monde. Depuis six mois j'avais toujours remporté le prix dans les combats amoureux, et du plus brave que j'étais je devins bientôt le plus lâche. L'habitude du plaisir en avait émoussé la pointe, et j'étais avec nos six sœurs ce qu'un mari est avec sa femme. Le mal de mon esprit influa bientôt sur mon corps; on m'en fit des reproches qui ne glissèrent que sur mon cœur, et il ne fallait pas moins que toute la tendresse du prieur pour me faire aller à la piscine. Il engagea nos sœurs à travailler à ma guérison: elles ne négligèrent rien pour y réussir; non seulement elles employèrent tous leurs charmes naturels, mais elles y joignirent encore ce que l'art le plus consommé peut suggérer à une vieille coquette fouteuse. Tantôt se rangeant en cercle autour de moi, elles offraient à ma vue les tableaux les plus lascifs: l'une, mollement appuyée sur un lit, laissait voir négligemment la moitié de sa gorge; une petite jambe faite au tour, des cuisses plus blanches que la neige me promettaient le plus beau con du monde; l'autre dans l'attitude d'une femme qui se prépare au combat, marquait l'ardeur qui la consumait; d'autres, dans des postures différentes, en se chatouillant le con, exprimaient par leurs soupirs les plaisirs qu'elles ressentaient. Tantôt elles se mettaient nues, et me présentaient la volupté dans tout son jour. Celle-ci, appuyée sur un canapé, me montrait le revers de la médaille, et, passant la main sous son ventre, elle écartait les cuisses et se branlait, de manière qu'à chaque mouvement que faisait son doigt je voyais l'intérieur de cette partie qui m'avait autrefois causé de si vives émotions. Une autre, couchée sur un lit de satin noir, me présentait la même image que l'autre ne me présentait qu'à l'envers; une troisième me faisait coucher par terre entre deux chaises, et, mettant ensuite un pied sur l'une et un pied sur l'autre, elle s'accroupissait, et son con se trouvait perpendiculairement sur mes yeux. Dans cette situation, je la voyais travailler avec un godmiché, tandis qu'une autre foutait devant moi de toutes ses forces avec un moine, nu comme elle. Enfin, on offrit à ma vue les images les plus lubriques, tantôt à la fois, tantôt successivement.

Quelquefois on me couchait tout nu sur un banc; une sœur se mettait à califourchon sur ma gorge, de sorte que mon menton était enveloppé dans le poil de sa motte; une autre se mettait sur mon ventre; une troisième, qui était sur mes cuisses, tâchait de s'introduire mon vit dans le con; deux autres s'étaient placées à mes côtés, de façon que je tenais un con de chaque main; une autre enfin,—celle qui avait la plus belle gorge,—était à ma tête, et, s'inclinant, elle me pressait le visage entre ses tétons; toutes étaient nues, toutes se grattaient, toutes déchargeaient: mes mains, mes cuisses, mon ventre, ma gorge, mon vit, tout était inondé, je nageais dans le foutre et le mien refusait de s'y joindre. Cette dernière cérémonie appelée par excellence la question extraordinaire, fut aussi inutile que les précédentes: on me tint pour un homme confisqué, et l'on abandonna la nature à elle-même.

Tel était mon état, quand, en me promenant un jour dans le jardin, seul, rêvant au malheur de ma destinée, je rencontrai le père Siméon, homme profond, qui avait blanchi dans les travaux de Vénus et de la table, et, tel que le vieux Nestor, avait vu plusieurs fois renouveler le couvent. Il vint à moi, et, m'embrassant tendrement, me dit: O mon fils! votre douleur est grande, mais ne vous alarmez pas, je veux vous guérir. La trop grande dissipation, mon ami, a causé votre mal: il faut réveiller votre appétit malade par quelques mets succulents, et c'est une dévote qu'il vous faut. Le flegme du père me fit rire. Vous riez, me dit-il, je vous parle sérieusement. Vous ne connaissez pas les dévotes, vous ignorez leurs ressources pour rallumer les feux éteints. Je l'ai éprouvé moi-même. Temps heureux où je faisais retentir les voûtes du couvent en frappant avec mon vit, hélas! qu'êtes-vous devenu? On ne parle plus du vigoureux père Siméon; ce n'est plus qu'un vieillard cassé; son sang est glacé dans ses veines, ses couilles sont sèches, son vit est disparu: tout meurt! J'avais toutes les envies d'éclater, mais la crainte de l'indisposer me retint. O mon fils, poursuivit-il, profitez de votre jeunesse. Le seul moyen de vous tirer de votre léthargie, c'est de vous mettre au régime, d'avoir recours à une dévote; mais, pour cet effet, il faut avoir la liberté de confesser, et je me charge de vous l'obtenir auprès de Monseigneur. Je remerciai le père, et, sans avoir grande foi en son secret, je le priai de s'y employer; il me le promit. Ce n'est pas tout, continua-t-il, il vous faut un guide avant d'entrer dans cette carrière, et je veux vous en servir.