J'étais un jour sorti du couvent. Le portier, quand je rentrai, me dit, en m'ouvrant la porte, qu'une jeune dame m'attendait et voulait me parler. Je courus au parloir; mais, ô surprise! je reconnus ma dévote. Me voyant, elle se jeta à mes pieds.—Ayez pitié de moi! me dit-elle en pleurant.—Qu'avez-vous donc? lui demandai-je en la relevant. Parlez, le Seigneur est bon, il voit vos larmes, ouvrez votre cœur à son ministre. En voulant parler, elle tomba évanouie dans mes bras, Que faire? J'allais crier au secours, quand la réflexion me dit: Où vas-tu? attends-tu une plus belle occasion? Je m'approche de ma dévote, la délace, lui découvre la gorge. Jamais plus beau sein ne s'offrit à ma vue. En écartant sa robe et sa chemise, je crus ouvrir le paradis. Je fixai mes yeux sur deux globes blancs et fermes comme le marbre; je les baisais, je les pressais; je collais ma bouche sur la sienne: je réchauffais son souffle. Enfin, je prends ma dévote amoureusement. Une palpitation subite me saisit. Je la quitte et reste tremblant à la considérer; tout à coup soufflant la lumière, je la reprends dans mes bras et gagne ma chambre avec ce cher fardeau. Dieux! qu'il était léger! Je la mets sur mon lit, rallume ma bougie et la considère de nouveau. Je découvre sa gorge, lève ses jupes, écarte ses cuisses; j'examine, j'admire. Quel spectacle! l'amour, les grâces embellissaient son corps. Blancheur, embonpoint, fermeté, tout charmait la vue. Las d'admirer sans jouir, je portai la bouche et les mains sur ce que je venais de voir; mais à peine y eus-je touché, que ma dévote soupira et porta sa main où elle sentait la mienne. Je la baise sur la bouche, elle veut se débarrasser; inquiète, elle cherche à pénétrer où elle est. Mon ardeur produit sur moi le même effet; je ne la quitte pas. Elle veut s'arracher de mes bras, je résiste, je la renverse; furieuse, elle se relève, veut me déchirer le visage, mord, frappe: rien ne m'arrête. J'appuie ma poitrine sur la sienne, mon ventre sur le sien, et laisse à ses mains tout ce que la fureur leur inspire, employant les miennes à lui écarter les cuisses; elle les serre, je désespère de triompher; la rage augmente ses forces, la passion diminue les miennes; m'excitant, je les réunis, j'écarte ses cuisses, je lâche mon vit; je l'approche du con, je pousse, il entre. Alors la fureur de ma dévote s'évanouit, elle me serre, me baise, ferme les yeux et se pâme. Je ne me connais plus, je pousse, je repousse, et j'inonde le fond de son con d'un torrent de foutre. Elle redécharge, nous restons sans connaissance, tous deux absorbés par le plaisir.
Mon aimable compagne ne revint à elle-même que pour m'inviter par ses caresses à la replonger dans le délire. Ses yeux sont languissants, se troublent, s'égarent; son con est une fournaise, mon vit brûle. Ah! me dit-elle, le plaisir me suffoque; je meurs! Ses membres se roidissent, elle donne un coup de cul, j'en rends deux; nous déchargeons encore.
Après avoir épuisé le plaisir, j'allai chercher à la cuisine de quoi réparer les forces d'un malade; je dis que je l'étais. Je rentrai chez moi, j'y trouvai ma dévote dans la tristesse; je la dissipai par mes caresses, et j'attendis que nous eussions mangé pour m'informer de son chagrin. Nous soupâmes sans faire beaucoup de bruit, crainte d'être découverts et qu'on ne confisquât mon trésor au profit de la piscine, suivant les règles de l'ordre.
Comme nous étions tous deux extrêmement fatigués, nous songeâmes plutôt à nous reposer qu'à causer. Quand nous eûmes fini notre repas, nous nous mîmes au lit; mais aussitôt que nous nous vîmes nus, le repos s'enfuit loin de nous; je portai la main au con de ma dévote, elle porta la sienne à mon vit, et, admirant sa grosseur, sa fermeté: Ah! me dit-elle, je ne suis plus surprise que tu m'aies réconciliée avec le plaisir que j'avais résolu de haïr! Je songeai moins à lui demander la cause qu'à lui prouver, en le lui faisant goûter de nouveau, qu'elle avait eu tort de former une pareille résolution. Elle me reçut dans ses bras avec une vivacité inexprimable. Étroitement serrés, à peine pouvions-nous respirer: le lit ne pouvant plus soutenir nos secousses, il suivait l'impression de nos corps, il craquait effroyablement. Une douce ivresse succéda bientôt à nos efforts, et nous nous endormîmes couchés l'un sur l'autre, étroitement serrés, langue en bouche, vit au con.
L'aurore nous trouva endormis dans cette posture, et, soit que l'imagination eût fait distiller cette eau délicieuse qui annonce le feu intérieur, soit que nous eussions déchargé machinalement, nous nous réveillâmes tout trempés. Bientôt nous renouvelâmes nos plaisirs, et j'eus assez de force pour m'en acquitter monacalement. Je ne dirai pas combien de fois je n'eus pas la peine d'enconner. Je passe rapidement à vous informer du sujet qui avait jeté ma dévote dans mes bras.
Je lui voyais un air d'inquiétude et de tristesse qui me pénétrait. Je la priai tendrement de s'expliquer et d'être persuadée que je remédierais à sa douleur, à quelque prix que ce fût.—Perdrai-je ton cœur, cher Saturnin, me dit-elle en me regardant languissamment, quand je t'avouerai que tu n'es pas le premier qui m'ait fait goûter les plaisirs de l'amour? Rassure mon cœur contre une crainte dont on ne peut se défendre, et qui vient, malgré moi, de répandre sur mon visage une tristesse que je n'ai pu te cacher. Oui, c'est cette seule crainte qui m'inquiète à présent; celle de mon sort ne m'occupe plus, puisque je suis avec toi.—Oses-tu, lui répondis-je, te défier des charmes que tu étales à mes yeux? Que tu en connais peu le prix, si tu doutes de leur effet! Oui, l'ardeur qu'ils m'inspirent est trop forte pour ne pas s'indigner d'une pareille crainte. Que tu me connais peu! Si un préjugé ridicule a mis une différence entre une fille foutue et une fille à foutre, ce préjugé n'est pas ma règle. La beauté, pour en avoir charmé d'autres, doit-elle perdre le droit de nous charmer? Quand tu l'aurais fait avec toute la terre, n'es-tu pas toujours la même, n'es-tu pas toujours une fille adorable, en serais-tu moins précieuse à mes yeux? Les plaisirs que tu as donnés à d'autres ont-ils altéré la vivacité de ceux que tu viens de me donner?—Tu m'enlèves, me répondit-elle; je ne fais plus de difficulté de t'apprendre des infortunes que tu viens de faire cesser.
Elle me raconta ce qui suit:
Mon malheur a sa source dans mon cœur. Un penchant invincible pour le plaisir ne me fait respirer que pour lui. Une mère injuste et cruelle m'avait confinée dans un cloître. Trop timide pour opposer mon dégoût à ses ordres, je ne fis parler que mes larmes; elles ne l'attendrirent pas, je pris le voile. Le moment fatal de prononcer l'arrêt de ma mort approchait: je frémis à la vue du serment que j'allais faire. L'horreur de ma prison, le désespoir d'être privée de mon unique bien, me plongèrent dans une maladie qui aurait terminé mes peines, si ma mère, touchée de mon état, ne s'était reproché sa dureté. Elle était pensionnaire dans le couvent où elle voulait que je prisse l'habit. Un projet de retraite l'y avait amenée; mais la réflexion l'en retira. Les femmes ne renoncent pas au plaisir, ne vieillissent pas sans chagrin; c'est un sentiment naturel que leurs efforts peuvent bien dissimuler, mais qu'ils n'arracheront jamais de leur cœur. Ma mère, jugeant de mon tempérament par le sien, me tira de mon cachot, et reparut dans le monde sur le pied d'une dame qui se consolerait aisément de la perte du défunt dans les bras d'un cinquième mari.
Connaissant le génie de ma mère, je jugeai qu'il serait dangereux de me trouver en rivalité avec elle, certaine qu'un amant qui se présenterait me préférerait à elle. Je compris que les plaisirs de l'amour goûtés dans le mystère en étaient plus piquants, que la retraite me les procurait ainsi que le grand monde. J'agis d'après ce système, et je passai bientôt pour une dévote. Charmée du progrès de mon stratagème, je ne songeai qu'à nouer quelque intrigue secrète à l'ombre de cette haute réputation de vertu factice. Cette réputation parut équivoque à un jeune homme que j'avais vu autrefois à la grille, et avec qui il m'était arrivé une aventure…
J'interrompis alors ma dévote. Me rappelant ce que Suzon m'avait autrefois appris de la sœur Monique, son aversion pour le couvent, sa passion pour l'amour, la scène qu'elle avait eue avec Verland, son caractère, le séjour que sa mère avait fait dans le couvent, je confrontais le portrait de cette sœur avec le charmant minois que j'avais devant moi. J'allai plus loin; je me ressouvins que Suzon m'avait dit que la sœur Monique avait le clitoris un peu long. Dans l'espoir de trouver à ma dévote ce dernier signe qui devait confirmer mes soupçons, je la fis coucher sur le dos, et, lui examinant le con avec une attention que la passion ne m'avait pas encore permise, j'y trouvai ce que je cherchais, un clitoris vermeil un peu plus long que les femmes ne l'ont ordinairement, et qui semblait n'être placé là que pour le plaisir.