Ma mère m'avait presque convertie avec ses sermons. Cependant la peine que je sentais à avouer mes fautes aurait dû me faire douter de ma conversion, et le père Jérôme m'en arrachait l'aveu plutôt que je ne lui faisais. Dieu sait quel plaisir il avait, ce vieux pécheur! Je ne lui en avais jamais tant dit; encore ne sut-il pas tout; car je ne crois pas que Dieu puisse faire grand crime à une pauvre fille de chercher à se soulager quand elle est pressée. Elle ne s'est pas faite elle-même; est-ce sa faute si elle a des désirs, si elle est amoureuse? Est-ce sa faute si elle n'a pas de mari pour la contenter? Elle cherche à apaiser ces désirs qui la dévorent, ce feu qui la brûle; elle se sert des moyens que la nature lui donne: rien de moins criminel.
Malgré les petits mystères que j'avais faits au père Jérôme, je ne laissais pas d'être pénétrée. Etait-ce repentir? Non. La véritable cause était le refus que le père m'avait fait de me donner l'absolution. Je craignis qu'il ne fournît une nouvelle matière à la médisance; j'en étais touchée jusqu'aux larmes. Je craignais qu'en allant offrir ma confusion aux yeux de mes ennemies, je ne leur donnasse un nouveau sujet de triompher. J'allai me placer sur un prie-Dieu, vis-à-vis de l'autel: mes pleurs m'assoupirent, je m'endormis. J'eus pendant mon sommeil le rêve le plus charmant; je songeais que j'étais avec Verland, qu'il me tenait dans ses bras, qu'il me pressait avec ses cuisses. J'écartais les miennes et me prêtais à tous ses mouvements. Il me maniait les tétons avec transport, les serrait, les baisait. L'excès du plaisir me réveilla. J'étais réellement dans les bras d'un homme. Encore toute occupée des délices de mon songe, je crus que mon bonheur changeait l'illusion en réalité. Je crus être avec mon amant: ce n'était pas lui! On me tenait étroitement embrassée par derrière. Au moment que j'ouvris les yeux, je les refermai de plaisir et n'eus pas la force de regarder celui qui me le donnait. Je me sentis inondée d'une liqueur chaude, et quelque chose de dur et de brûlant que l'on m'enfonçait en jetant des soupirs. Je soupirai aussi, et dans le moment une liqueur semblable que je sentais s'échapper de toutes les parties de mon corps, avec des élancements délicieux, se mêlant avec celle que l'on répandait une seconde fois, me fit retomber sans mouvement sur mon prie-Dieu.
Ce plaisir qui, s'il durait toujours, serait plus piquant mille fois que celui qu'on goûte dans le ciel, hélas! ce plaisir finit trop tôt. Je fus saisie de frayeur en pensant que j'étais seule pendant la nuit dans le fond d'une église: avec qui? Je ne le savais pas; je n'osais m'en éclaircir, je n'osais remuer; je fermais les yeux, je tremblais. Mon tremblement augmenta encore quand je sentis qu'on pressait ma main, qu'on la baisait. Le saisissement m'empêcha de la retirer, je n'en avais pas la hardiesse; mais je me rassurai un peu en entendant dire à mes oreilles, d'une voix basse: Ne craignez rien; c'est moi! Cette voix, que je me souvenais confusément d'avoir entendue, me rendit le courage, et j'eus la force de demander qui c'était, sans avoir celle de regarder.—Eh! c'est Martin, me répondit-on, le valet du père Jérôme. Cette déclaration dissipa ma frayeur. Je levai les yeux, je le reconnus. Martin était un blond, éveillé, joli, amoureux. Ah! qu'il l'était! Il tremblait à son tour, et attendait ma réponse pour fuir ou me baiser encore. Je ne lui en fis pas, mais je le regardai d'un air riant, avec des yeux qui se ressentaient encore du plaisir que je venais de goûter. Il vit bien que ce n'était pas un signe de colère; il se jeta dans mes bras avec passion; je le reçus de même, et sans penser que si quelqu'un s'apercevait que je manquais dans le couvent on pourrait venir et nous trouver ensemble… Te le dirais-je? L'amour rend tout excusable. Sans respect pour l'autel, sur les marches duquel nous étions, Martin me pencha un peu, leva mes jupes, porta sa main partout; aussi passionnée que lui, je portai la mienne à son vit; j'eus pour la première fois de ma vie le plaisir d'en manier un! Ah! que le sien était joli! petit, mais long, tel qu'il me le fallait. Quel feu! Quelle démangeaison voluptueuse se glissa d'abord par tout mon corps! J'étais muette, je serrais ce cher vit dans ma main, je le considérais, je le caressais, l'approchais de mon sein, le portais à ma bouche, le suçais; je l'aurais avalé! Martin avait le doigt dans mon con, le remuait doucement, le retirait, le remettait et renouvelait ainsi mes plaisirs à chaque instant, il me baisait, me suçait le ventre, la motte et les cuisses; il les quittait pour porter des lèvres brûlantes sur ma gorge. En un moment je fus couverte de ses baisers. Je ne pus pas tenir contre ces attaques de plaisir. Je me laissai tomber, l'attirant doucement à moi avec mon bras droit, dont je le serrai amoureusement; je le baisais à la bouche, tandis que de la main gauche, tenant l'objet de tous mes vœux, je tâchais de me l'introduire et de me procurer un plaisir plus solide. Un égal transport le fit coucher sur moi: il se mit à pousser.—Arrête, lui dis-je d'une voix entrecoupée par mes soupirs, arrête, mon cher Martin; ne va pas si vite, restons un moment. Aussitôt, me coulant sous lui et écartant les cuisses, je joignis mes jambes sur ses reins. Mes cuisses étaient collées contre ses cuisses, son ventre contre mon ventre, son sein contre mon sein, sa bouche sur ma bouche: nos langues étaient unies, nos soupirs se confondaient. Ah! Suzon, quelle charmante posture! Je ne pensais à rien au monde, pas même au plaisir que j'avais, n'étant occupée qu'à le sentir. L'impatience m'empêcha de le goûter plus longtemps. Je fis un mouvement, Martin en fit autant, et notre bonheur s'évanouit; mais avant de le perdre, nous sentîmes combien il était grand: il semblait qu'il eût ramassé ses traits les plus vifs et les plus ravissants pour nous en accabler. Nous restâmes sans sentiment, n'ouvrant les yeux que pour nous presser de nouveau; le plaisir se refusait à nos efforts.
Il est temps, poursuivit Monique, de t'apprendre, Suzon, ce que c'était que cette eau bénite dont le père Jérôme t'arrosa un jour la gorge en te donnant l'absolution.
Ma première action, quand Martin fut retiré de mes bras, fut de porter la main où j'avais reçu les plus grands coups. Le dedans, le dehors, tout était couvert de cette liqueur dont l'effusion m'avait fait tant de plaisir; mais elle avait perdu toute sa chaleur et était froide alors comme de la glace. C'était du foutre. On appelle ainsi une matière blanche et épaisse qui sort du vit ou du con quand on décharge. La décharge est l'action qui suit ce frottement voluptueux par où l'on prélude.—Comment, dis-je à Monique, c'en était donc que vous répandiez tout à l'heure?—Oui, vraiment, me dit-elle, et tu m'en as donné aussi, petite friponne! N'as-tu pas senti ton petit conin tout mouillé? C'en était.
Mais, ma chère petite, le plaisir que tu as goûté est bien au-dessous de celui qu'on goûte avec un homme; car ce qu'il nous donne se mêlant avec ce que nous lui donnons, y rentre, nous pénètre, nous enflamme, nous rafraîchit, nous brûle. Quelles délices, Suzon! Ah! ma chère Suzon, elles sont inexprimables; mais écoute le reste de mon aventure, poursuivit-elle.
J'étais bien chiffonnée, comme tu peux croire, après l'exercice amoureux que je venais de faire; je me remis le mieux qu'il me fut possible, et demandai à Martin quelle heure il était.—Oh! il n'est pas tard, me répondit-il: je viens d'entendre la cloche du souper.—Je me passerai bien d'y aller, repris-je; je vais vite me coucher; mais avant que je te quitte, apprends-moi, mon cher Martin, par quel hasard tu t'es trouvé ici, et comment as-tu osé venir?…—Oh! pardi! ce n'est pas la hardiesse qui me manque. V'là comme ç'a été: j'étais venu pour parer l'église, car, comme vous savez, c'est demain bonne fête; je vous ai aperçue. M'est avis, ai-je dit à part moi en vous reluquant, que voilà une demoiselle qui prie bian le bon Dieu! Pardi! ce me suis-je fait, il faut qu'alle ait bien la rage de la dévotion pour s'en venir à c't'heure-ci dans l'église, pendant que tretoutes prennent leurs becquées! mais ne dormirait-elle pas aussi? ce me suis-je dit, voyant que vous ne bronchiez ni pied ni patte. Pardi! je le croirais bian. Voyons un peu ça. Je me suis cependant approché tout fin près de vous, et j'ai vu que vous dormiais. Je sis resté là un petit bout de temps à vous lorgner, et pendant ce temps-là, mon cœur faisait tic toc, tic toc. Le guiable est bian fin; Martin, m'a-t-il corné aux oreilles, alle est bian jolie au moins: v'là un biau coup à faire, mon enfant; si tu laisses échapper c't'occasion-là, tu ne la retrouveras pas? avise-toi, Martin. Pardi! je me sis avisé tout de suite. J'ai levé tout doucement votre collerette, et ai vu deux petits tétons bian blancs. Pardi! j'ai mis la main dessus, et pis je les ai baisés aussi tout doucement; et pis, voyant que vous dormiais comme un sabot, j'ai eu envie de faire autre chose, et c't'autre chose-là, je l'ai faite en vous troussant bravement vot' cotillon par derrière; et pis j'ai poussé; et pis, dame, vous savez le reste.
Malgré son langage grossier, l'air d'ingénuité avec lequel Martin s'expliquait me charmait.—Eh bien, lui dis-je, mon cher ami, as-tu bien eu du plaisir?—Oh! pardi! me répondit-il en m'embrassant, j'en ai tant eu que j'sis prêt à recommencer, si vous voulez.—Non, pas pour le présent, lui dis-je; peut-être s'apercevrait-on de quelque chose; mais tu as la clef de l'église; si tu veux venir demain à minuit, tiens la porte ouverte, je viendrais te trouver; entends-tu Martin?—Oh! morgué! me répondit-il; c'est bian dit; nous nous en donnerons à cœur-joie; nous n'aurons pas d'espions à c't'heure-là. Je l'assurai que je m'y trouverais. La réflexion me fit résister à mon envie et aux prières de Martin, qui voulait que nous fissions cela encore une petite fois, disait-il, avant de nous quitter. Mon refus l'aurait plongé dans la tristesse si je ne l'eusse consolé par l'espérance du lendemain. Nous nous embrassâmes, je rentrai dans le couvent et regagnai heureusement ma chambre sans avoir été aperçue.
Tu devineras facilement que je mourais d'impatience de me visiter et de savoir en quel état j'étais après les assauts que je venais d'essuyer. Je sentais une vive cuisson; à peine pouvais-je marcher. J'avais pris une lumière au dortoir; je tirai bien mes rideaux pour n'être vue de personne, et m'étant assise sur ma chaise, une jambe sur mon lit et l'autre sur le plancher, je fis mon examen. Quelle fut ma surprise lorsque je trouvai que mes lèvres, qui auparavant étaient si fermes et si rebondies, étaient devenues toutes molles et comme flétries! Les poils qui les couvraient, quoiqu'ils se ressentissent encore de l'humidité, formaient d'espace en espace, mille petites boucles. L'intérieur était d'un rouge vif, enflammé et d'une extrême sensibilité. La démangeaison m'y faisait porter le doigt, et sur-le-champ la douleur me forçait de le retirer. Je me frottais contre les bras de mon fauteuil et les couvrai des marques de la vigueur de Martin. Le plaisir combattait contre la fatigue; mais mes yeux s'appesantissaient insensiblement. Je me couchai et dormis d'un sommeil qui ne fut interrompu que par d'agréables songes qui me rappelaient les délices que j'avais goûtées.
On ne me dit rien le lendemain sur mon absence; on la regarda comme un reste de ressentiment que je devais avoir du traitement que l'on m'avait fait. Mon air fier confirma cette pensée. J'assistai comme les autres à l'office; toutes mes compagnes communiaient, moi je ne communiai pas; et à te dire vrai, je m'étais mise au-dessus de la honte de ne pas suivre leur exemple. L'amour dissipe les préjugés. La présence de mon amant, que je voyais rôder dans l'église, me dédommageait assez. Plus d'une parmi mes compagnes aurait bien quitté au même prix la nourriture spirituelle.