Le souvenir de Martin l'animait: ses discours avaient produit sur moi le même effet. Nous nous trouvâmes, sans y penser, disposées à ne pas attendre au lendemain pour célébrer la perte de ce cher amant. Je rappelais à Monique les plaisirs qu'elle avait autrefois goûtés avec lui. Trompée par mes caresses, elle oubliait que je n'étais qu'une fille, me prodiguait les mêmes noms qu'elle lui prodiguait dans ses transports. J'étais son ange, son dieu! Je n'avais pas encore l'idée d'un bien plus grand plaisir que celui dont je jouissais: Monique, dans mes bras, comblait tous mes désirs. L'imagination va toujours plus loin que ce que l'on possède. Monique songeant au plaisir que lui avait causé le frottement du poil de Martin, quand elle le sentit contre ses fesses la nuit de l'aventure du prie-Dieu, m'en promit autant si je voulais le lui procurer encore. J'y consentis. Elle se coucha sur le ventre, j'agissais: nous nous animâmes de façon qu'à force de nous chatouiller nous nous trouvâmes, l'une la tête au chevet du lit, et l'autre la tête au pied. Dans cette situation, nous nous rapprochâmes; l'une de mes cuisses était sur le ventre de Monique, l'autre sous ses fesses: mon ventre et mes fesses étaient de même entre ses cuisses; étroitement collées l'une contre l'autre, nous nous pressions en soupirant, nous nous frottions réciproquement, nous répandions à chaque instant. Les sources de notre plaisir, gonflées par un jaillissement continuel, qui n'avait d'autre issue que de passer de l'une dans l'autre, étaient comme deux réservoirs de délices où nous mourrions plongées sans sentiment, où nous ne ressuscitions que par l'excès du ravissement. L'épuisement seul mit fin à nos transports. Enchantées l'une de l'autre, nous nous promîmes de recoucher ensemble le lendemain. Elle y revint et me rendit encore plus savante à cette seconde entrevue. Ces nuits charmantes n'ont été interrompues que par ma sortie du couvent pour venir ici.
Ce que Suzon venait de me raconter avait si fort agi sur mon imagination, que je n'avais pu refuser à l'énergie de ses discours des marques de sensibilité relative au sujet. Quoique j'eusse affecté de lui dérober les larmes qu'elle m'arrachait, le plaisir de les répandre, les regards passionnés que je jetais sur elle en les répandant, m'avaient trahi; elle s'était aperçue de mes mouvements; mais, charmée d'avoir fait sur moi l'impression qu'elle désirait, elle me dissimulait adroitement sa satisfaction, et, par une politique mal entendue, combattait encore en elle-même le doux penchant qui devait couronner l'ardeur qu'elle m'inspirait. Autant ses discours m'avaient étonné, autant ils me donnèrent d'espoir. Ces peintures si vives et si animées des situations et des sentiments de la sœur Monique, dans une circonstance à peu près semblable à celle où nous nous trouvions, ne pouvaient partir que d'un cœur pénétré. Elle ne m'avait rien caché de ses actions, pas même sa sensibilité pour les plaisirs de l'amour. Elle avait dit tous les mots; rien n'avait été fardé. Si nous eussions été dans l'allée, elle n'aurait pas dit un mot que je n'en eusse profité, et n'aurait pas fait une peinture que je n'y eusse joint la représentation au naturel. Son dessein n'avait pas été d'y venir. Que devais-je penser de cette résistance? Comment l'accorder avec ce que je venais d'entendre? Ah! si j'avais pu lire dans son cœur, que je me serais épargné d'inquiétudes! Résolu à suivre mon dessein, mais en garde contre une précipitation qui aurait pu effaroucher Suzon, je pris autrement mes mesures. Je cherchai dans le récit même qu'elle venait de me faire des armes pour la combattre. Je lui demandai d'abord indifféremment si la sœur Monique était jolie.—Comme un ange, me répondit-elle, et une fille qui possède ces charmes est toujours sûre de plaire. Sa taille est fine et bien prise: sa peau est d'une blancheur, d'une douceur parfaites; elle a la plus belle gorge du monde, le visage un peu pâle, mais joli et formé de façon que les plus belles couleurs lui conviendraient moins que cette pâleur; ses yeux sont noirs et bien fendus; mais, contre l'ordinaire des brunes, elle les a languissants; il n'y reste qu'assez de feu pour faire juger qu'ils seraient brillants si elle n'était pas si amoureuse.—Tu me rends compatissant pour elle, dis-je à Suzon. Sa passion pour les hommes la rendra malheureuse.—Désabuse-toi, répondit Suzon, ce n'est que depuis peu, comme je te l'ai dit, qu'elle a pris le voile par complaisance pour sa mère. Le temps de prononcer ses vœux n'est pas encore venu; son bonheur dépend de la mort d'un frère, l'idole de sa mère. Il court grand risque de ne pas vivre plus longtemps que sa sœur ne le souhaite. On l'a déjà blessé à Paris dans un bordel…—Un bordel! eh! qu'est-ce que cet endroit? demandai-je à Suzon, par pressentiment sans doute de ce qui devait m'y arriver un jour.—Je vais te dire, me répondit-elle, ce que j'en sais de la sœur Monique qui connaît tout ce qui a rapport à ses inclinations. C'est un lieu où s'assemblent des filles tendres et faciles, qui reçoivent avec complaisance les hommages des libertins, et se prêtent à leurs désirs, sous l'espoir de la récompense. Leur penchant les y mène, le plaisir les y fixe.—Ah! m'écriai-je en l'interrompant, que je voudrais être dans une ville où il y eût de ces endroits-là! Et toi, Suzon? Elle ne dit mot, mais je compris par son silence qu'elle ne serait pas plus cruelle qu'une autre pour son tempérament, et que ce plaisir aurait autant d'empire sur son cœur que sur celui de ces filles tendres que l'empressement des hommes érige en idoles publiques. Je crois, ajoutai-je, que la sœur Monique irait là aussi volontiers que son frère.—Assurément, me dit-elle; cette pauvre fille aime les hommes à la fureur; l'idée seule l'en enchante.—Et toi, petite friponne, tu ne les aimes donc pas?—Je les aimerais, me répondit-elle, si ce que l'on fait avec eux n'était pas si dangereux.—Tu le crois! lui dis-je; il ne l'est pas tant que tu le penses. Pour faire cela avec une femme, elle ne devient pas toujours grosse. Vois cette dame qui est notre voisine: mariée depuis longtemps, elle le fait avec son mari, et cependant elle n'a pas d'enfants. Cet exemple parut l'ébranler. Ecoute, ma chère Suzon, poursuivis-je, et comme inspiré par une intelligence au-dessus de mon âge, qui me faisait pénétrer dans les mystères de la nature, la sœur Monique t'a dit que, quand Martin le lui mettait, elle était toute remplie de ce qu'il lui donnait: c'était sans doute ce qui lui avait fait un enfant.—Eh bien, dit Suzon en me regardant et cherchant dans mes yeux un moyen de satisfaire son envie sans s'exposer aux hasards, que veux-tu dire par là?—Ce que je veux dire, repris-je, c'est que si c'est ce que l'homme répand qui produit cet effet, on peut l'empêcher en se retirant, quand on sent que cela vient.—Eh! le peut-on faire? interrompit vivement Suzon. N'as-tu jamais vu deux chiens l'un sur l'autre? On a beau les battre pour les faire finir, ils crient, se démènent, voudraient se retirer et ne peuvent pas: ils sont attachés de façon que cela leur devient impossible. Dis-moi si un homme se trouvait attaché de même à une femme, que quelqu'un vînt, qu'on les surprît? Cette objection me démonta, l'exemple était simple; il semblait que Suzon eût prévu ce que j'allais lui proposer. L'exemple était pour nous; nous allions nous trouver dans le même cas, si Suzon se rendait. Elle semblait attendre ma réponse: et si j'avais pu lire dans son âme, j'aurais vu qu'elle se repentait de m'avoir proposé une difficulté que j'étais hors d'état de résoudre. D'autant plus intéressé à détruire son préjugé, je ne doutai pas que mon bonheur ne dépendît de ma réponse, et je cherchai des raisons pour la convaincre. Je me souvenais parfaitement que le père Polycarpe n'avait pas eu la veille cette difficulté à se retirer de dessus Toinette. Je lui aurais cité cet exemple, mais j'aimais mieux le lui faire voir. Mes raisonnements ne la persuadèrent pas, mais ses désirs suppléaient à ce qu'ils avaient de défectueux. Elle affectait d'insister encore, et il lui fallait un exemple contraire pour la persuader. Dans le moment je vis le bonhomme Ambroise sortir de la maison et gagner le chemin de la rue. Son départ m'offrit l'occasion la plus favorable qui pût se présenter. Ne doutant pas que le père et Toinette ne profitassent de la liberté qu'il leur laissait pour réparer le temps perdu par sa présence, je dis d'un ton assuré à Suzon: Viens, je veux te faire voir que tu t'es trompée. Je me levai et j'aidai Suzon à en faire autant après lui avoir porté sous sa jupe une main qu'elle repoussa en folâtrant.—Où vas-tu donc me mener? me dit-elle, voyant que je gagnais la maison. La petite friponne croyait que j'allais la mener dans l'allée: elle m'y aurait suivi. Que j'aurais bien mieux fait d'y aller! Mais je n'étais pas assez expérimenté pour voir qu'elle ne demandait pas mieux. Je craignais quelque nouvelle résistance de sa part, et mon destin m'entraînait. Je lui répondis que je la menais dans un lieu où elle verrait quelque chose qui lui ferait plaisir.
—Où donc? me répondit-elle avec impatience, voyant que j'avançais vers la maison.—Dans ma chambre, lui répondis-je.—Dans ta chambre? me dit-elle; oh! non! Tiens, Saturnin, cela est inutile: tu me ferais quelque chose! Je lui jurai que non, et je connus à l'air dont elle consentait à y venir qu'elle était moins fâchée de m'y suivre qu'elle ne l'aurait été si, en lui promettant d'être sage, je ne lui avais pas donné un prétexte pour s'y laisser conduire. Que je me rappelle avec plaisir ces traits charmants de mon enfance! l'habitude d'accorder tout à mes passions et l'usage immodéré des plaisirs n'ont point émoussé ma sensibilité pour ces précieux instants de ma vie.
Nous entrâmes dans ma chambre sans avoir été aperçus; je tenais Suzon par la main, elle tremblait; je marchais sur la pointe des pieds, elle m'imitait: je lui fis signe de ne point parler, et, la faisant asseoir sur mon lit, je m'approchai doucement de la cloison: personne n'y était encore. Je dis d'une voix basse à Suzon que l'on ne tarderait pas à venir. Mais que veux-tu donc me montrer? me demanda-t-elle, intriguée par mes façons mystérieuses.—Tu vas le voir, répondis-je: et sur-le-champ, en avancement du privilège que je comptais que cette vue allait me donner, je la renversai sur mon lit, en tâchant de lui glisser la main sur les cuisses. Je n'en étais pas encore à la jarretière, qu'elle se leva avec action, et dit qu'elle ferait du bruit si j'étais assez hardi pour la toucher. Elle alla même jusqu'à faire semblant de vouloir sortir: je pris cette grimace pour une marque de colère, et je fus assez simple pour m'imaginer qu'elle voulait effectivement se retirer. J'étais interdit, le cœur me battait, à peine osais-je répondre; et quoique ce ne fût qu'en bégayant, je persuadai facilement une fille qui aurait été bien fâchée que mon silence l'eût mise dans la nécessité de joindre l'effet à la menace: elle consentit à rester. J'allais désespérer de pouvoir venir à bout de mon entreprise, quand j'entendis ouvrir la porte de la chambre d'Ambroise. Le cœur me revint, et j'attendais avec impatience que la curiosité de Suzon fît pour moi ce que je n'avais pu faire moi-même.—Les voici! lui dis-je en lui faisant signe de se taire et en la remuant sur le lit; les voici, ma chère Suzon! Je m'approchai aussitôt de la cloison; j'écartai l'image qui dérobait à mes regards ce qui se passait dans la chambre, et j'aperçus le père qui prenait sur la gorge de Toinette des gages peu équivoques de sa bonne volonté. Immobiles, serrés étroitement l'un contre l'autre et recueillis en eux-mêmes, il semblait qu'ils voulussent, par une profonde méditation, se remplir de la grandeur des mystères qu'ils allaient célébrer. Attentif à leurs mouvements, j'attendais qu'ils les poussassent un peu plus loin pour faire signe à Suzon d'avancer. Toinette, ennuyée de la longue méditation, se débarrassa la première des bras du moine, et, jetant corset, jupe, chemise, tout à bas, parut telle que la bienséance du mystère l'exigeait. Ah! que j'aimais à la voir dans cet état! Ma fureur amoureuse, que les combats de Suzon n'avaient fait qu'irriter, redoubla d'un degré à cette vue.
Suzon, que mon attention rendait impatiente, avait quitté le lit et s'était approchée de moi. J'étais si fort occupé que je ne m'en étais pas aperçu.—Laisse-moi donc voir aussi! me dit-elle en me repoussant un peu. Je ne demandais pas mieux. Je lui cédai aussitôt mon poste et me tins à côté d'elle pour examiner sur son visage les impressions qu'y produirait le spectacle qu'elle allait voir. Je m'aperçus d'abord qu'elle rougissait; mais je présumai trop de son penchant à l'amour pour craindre que cette vue ne produisît un effet contraire à celui que j'en espérais. Elle resta. Curieux alors de savoir si l'exemple opérait, je commençai par lui couler la main sous la jupe. Je ne trouvai plus qu'une résistance médiocre; elle se contentait de me repousser seulement la main, sans l'empêcher de monter jusqu'aux cuisses, qu'elle serrait étroitement. Ce n'était qu'aux transports des combattants que j'étais redevable de la facilité que je trouvais à les desserrer insensiblement. J'aurais calculé le nombre de coups que donnaient ou recevaient la père et Toinette par celui des pas que ma main, plus ou moins pressée, faisait sur ses charmantes cuisses. Enfin, je gagnai le but. Suzon m'abandonna tout, sans pousser plus loin sa résistance; elle écartait les jambes pour laisser à ma main la facilité de se contenter. J'en profitai, et portant le doigt à l'endroit sensible, à peine pouvait-il y entrer. Sentant que l'ennemi s'était emparé de la place, elle tressaillit, et ses tressaillements se renouvelaient au moindre mouvement de mon doigt.—Je te tiens, Suzon! lui dis-je alors; et levant son jupon par derrière, je vis, ah! je vis le plus beau, le plus blanc, le mieux tourné, le plus ferme, le plus charmant petit cul qu'il soit possible d'imaginer. Non, aucun de ceux à qui j'ai fait le plus de fête, aucun n'a jamais approché du cul de ma Suzon. Fesses divines dont l'aimable coloris l'emportait sur celui du visage; fesses adorables, sur lesquelles je collai mille baisers amoureux, pardonnez si je ne vous rendis pas alors l'hommage qui vous était dû. Oui, vous méritiez d'être adorées; vous méritiez l'encens le plus pur; mais vous aviez un voisin trop redoutable. Je n'avais pas encore le goût assez épuré pour connaître votre véritable valeur: je le croyais seul digne de ma passion. Cul charmant, que mon repentir vous a bien vengé! Oui, je conserverai toujours votre mémoire! Je vous ai élevé dans mon cœur un autel où tous les jours de ma vie je pleure mon aveuglement! J'étais à genoux devant cet adorable petit cul, l'embrassais, le serrais, l'entr'ouvrais, m'extasiais; mais Suzon avait mille autres beautés qui piquaient ma curiosité. Je me levai avec transport, fixai mes regards avides sur deux petits tétons durs, fermes, bien placés, arrondis par l'amour. Ils se levaient, se baissaient, haletaient et semblaient demander une main qui fixât leur mouvement. J'y portais la mienne, je les pressais. Suzon se laissait aller à mes transports. Rien ne pouvait l'arracher au spectacle qui l'attachait. J'en étais charmé; mais son attention était bien longue pour mon impatience. Je brûlais d'un feu qui ne pouvait s'éteindre que par la jouissance. J'aurais voulu voir Suzon toute nue, pour me rassasier de la vue d'un corps dont je baisais, dont je maniais de si charmantes parties. Cette vue était capable de satisfaire mes désirs. Mais bientôt j'éprouvai le contraire en déshabillant Suzon, sans qu'elle s'y opposât. Nu de mon côté, je cherchais les moyens d'assouvir ma passion, je n'avais pas assez de force pour la presser. Mille et mille baisers répétés, les marques les plus vives de l'amour étaient mille fois au-dessus de ce que je sentais. Je tâchais de le lui mettre, mais l'attitude était gênante: il fallait le mettre par derrière. Elle écartait les jambes, les fesses, mais l'entrée était si petite, que je n'en pouvais venir à bout. J'y mettais le doigt et l'en retirais couvert d'une liqueur amoureuse. La même cause produisait sur moi le même effet. Je faisais de nouveaux efforts pour prendre dans ce charmant endroit la même place que mon doigt venait d'y occuper, et toujours même impossibilité, malgré les facilités qu'on me donnait.—Suzon, dis-je, enragé de l'obstacle que son opiniâtre attention apportait à mon bonheur, laisse-les; viens, ma chère Suzon, nous pouvons avoir autant de plaisir qu'eux. Elle tourna les yeux sur moi; ils étaient passionnés. Je la prends amoureusement entre mes bras, je la porte sur mon lit, je l'y renverse; elle écarte les cuisses, mes yeux se jettent avec fureur sur une petite rose vermeille qui commence à s'épanouir. Un poil blond, et placé par petits toupets, commençait à ombrager une motte dont le pinceau le plus délicat rendrait faiblement la blancheur vive et animée. Suzon, immobile, attendait avec impatience des marques de ma passion plus sensibles et plus satisfaisantes. Je tâchai de les lui donner; je m'y prenais fort mal: trop bas, trop haut, me consumant en efforts inutiles. Elle me le mit. Ah! Que je sentais alors qu'il était dans le véritable chemin! Une douleur, que je ne comptais pas trouver sur une route que je croyais couverte de fleurs, m'arrêta d'abord. Suzon en ressentit une pareille; mais nous ne nous rebutâmes pas. Suzon tâchait d'élargir le passage; je m'efforçais, elle me secondait. Déjà j'avais fait la moitié de ma course. Suzon roulait sur moi des yeux mourants; son visage était enflammé, ne respirait que par intervalles, et me renvoyait une chaleur prodigieuse. Je nageais dans un torrent de délices; j'en espérais encore de plus grandes, je me hâtais de les goûter. O ciel! des moments si doux devaient-ils être troublés par le plus cruel des malheurs! Je poussais avec ardeur; mon lit, ce malheureux lit, témoin de mes transports et de mon bonheur, nous trahit: il n'était que de sangle; la cheville manqua, il tomba et fit un bruit affreux. Cette chute m'eût été favorable, puisqu'elle m'avait fait entrer jusqu'où je pouvais aller, quoique avec une extrême douleur pour tous les deux. Suzon se faisait violence pour retenir ses cris. Effrayée, elle voulait s'arracher de mes bras; furieux d'amour et de désespoir, je ne la serrais que plus étroitement. Mon opiniâtreté me coûta cher.
Toinette, avertie par le bruit, accourut, ouvrit et nous vit. Quel spectacle pour une mère! une fille, un fils! La surprise la rendit immobile; et comme si elle eût été retenue par quelque chose de plus puissant que ses efforts, elle ne pouvait avancer. Elle nous regardait avec des yeux enflammés par la lubricité; ouvrant la bouche pour parler, la voix expirait sur ses lèvres.
Suzon était tombée en faiblesse; ses yeux tendres se fermaient, sans avoir ni le courage, ni la force de se retirer. Je regardais alternativement Toinette et Suzon, l'une avec rage, l'autre avec douleur. Enhardi par l'immobilité où l'étonnement semblait retenir Toinette, je voulus en profiter, je poussai; Suzon donna alors un signe de vie, jeta un profond soupir, rouvrit les yeux, me serra en donnant un coup de cul. Suzon goûtait le souverain plaisir; elle déchargeait: ses ravissements me faisaient plaisir; j'allais les partager, Toinette s'élança au moment où je sentais les approches du plaisir; elle m'arracha des bras de ma chère Suzon. Pourquoi n'avais-je pas assez de force pour me venger? Le désespoir me l'ôta sans doute, puisque je restai immobile dans les bras de cette marâtre jalouse.
Le père Polycarpe, aussi curieux que Toinette, accourut dans cet intervalle, et ne demeura pas moins surpris qu'elle à la vue du spectacle qui s'offrait à ses yeux, surtout de Suzon nue, couchée sur le dos, se passant un bras sur les yeux et portant la main de l'autre à l'endroit coupable, comme si une telle posture eût pu dérober ses charmes aux regards du moine lascif. Il les porta d'abord sur elle. Les miens y étaient fixés comme sur leur centre, et ceux de Toinette l'étaient sur moi. La surprise, la rage, la crainte, rien ne m'avait fait débander. J'avais le vit décalotté et plus dur que le fer. Toinette le regardait. Cette vue obtint ma grâce et me réconcilia avec elle. Je sentais qu'elle m'entraînait doucement hors de la chambre. J'étais troublé, ne sachant ce que je faisais. Nu comme j'étais, je la suivis sans y penser, et cela se fit sans bruit.
Toinette me mena dans sa chambre et en ferma la porte aux verrous. La crainte me retira alors de mon étourdissement. Je voulus fuir: je cherchai quelque refuge qui pût me dérober au ressentiment de Toinette. N'en trouvant pas, je me jetai sous le lit. Toinette reconnut le motif de ma frayeur et tâcha de me rassurer.—Non, Saturnin, me dit-elle; non, mon ami, je ne veux pas te faire de mal. Je ne la croyais pas sincère et je ne sortais pas de ma place. Elle vint elle-même pour m'en tirer; voyant qu'elle tendait les bras pour m'attraper, je me reculais: mais j'eus beau faire, elle me prit, par où, par le vit! Il n'y eut plus moyen de m'en défendre. Je sortis ou plutôt elle m'attira, car elle n'avait pas lâché prise.
La confusion de paraître in naturalibus ne m'empêcha pas d'être surpris de trouver Toinette toute nue, elle qui, un moment avant, s'était offerte à mes yeux dans un état presque décent. Mon vit reprenait dans sa main ce que la crainte lui avait fait perdre de sa force et de sa roideur. Avouerai-je mon faible? En la voyant, je ne pensai plus à Suzon: Toinette seule m'occupait. Bandant toujours fort, et mes craintes subordonnées à la passion, j'étais bien en peine. Toinette me serrait le vit, et moi je regardais son con. Que fait ma ribaude? elle se couche sur le lit et m'entraîne avec elle.—Viens donc, petit couillon, mets-le-moi, là, bon! Je ne me fis pas prier davantage, et, ne trouvant pas de grandes difficultés, je le lui enfonçai jusqu'aux gardes. Déjà disposé par le prélude que j'avais fait avec Suzon, je sentis bientôt un flux de délices qui me fit tomber sans mouvement sur la lubrique Toinette, qui, remuant avec agilité la charnière, reçut les prémices de ma virilité… C'est ainsi que, pour mon premier coup d'essai, je fis cocu mon père putatif; mais qu'importe?