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—Là-bas mon parc m'oublie, un jet d'eau s'y fracasse,
Sur un perchoir d'émail chante un oiseau cocasse,
Un livre de Hafiz traîne au fond du hamac;
Le silence est peuplé d'un doux jasmin de Perse,
Le noir cyprès le troue et le paon blanc le perce,
Et mon palais sommeille à l'envers dans le lac.
—On ratisse le sable autour d'une pelouse...
La princesse qui doit devenir mon épouse
Ignore le rimmel et la poudre de riz;
Et me griffonne un mot que ce soupir termine:
«Ah! dites-moi pourquoi j'ai si mauvaise mine
Puisque vous m'écrivez qu'on sait tout à Paris.»

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Bien que je laisse en paix les journaux sous leur bande,
Je sais qu'on me reveut ce qu'on me redemande,
La révolution fait place au désarroi!
Mon peuple est un Pylade et je suis son Oreste!
Qu'importe! Il m'a chassé î L'exil me plaît, je reste;
J'ai trop peur de la mort pour vouloir être roi.
—Ma joie augmente au lieu que mon regret empire,
L'avenir pavoisé semble un joyeux empire
Où j'entre en souriant comme un jeune vainqueur.
Je ne suis pas de ceux qu'un grand rêve dévaste,
Le cœur le plus tranquille est le cœur le moins vaste,
Et je porte une rose à la place du cœur.
Le Printemps verse en moi son superbe malaise,
Je préfère à mon ample trône une humble chaise,
Mon parc oriental était un triste enclos!
L'épouvante et l'ennui me détruisaient l'extase!
La plus modeste rose a droit au plus beau vase,
Et Paris est le vase où mon cœur est éclos.
Mes frères de Paris, votre divin royaume
Rayonne tout autour de la place Vendôme
Que vous aimez peut-être avec des yeux ingrats,
À l'heure où vous flânez, silhouettes pareilles,
Votre chapeau trop large entré jusqu'aux oreilles,
Votre œillet rouge, et votre canne sous le bras.
Je connaîtrai le mal d'être loin de vos rues;
Et, prince évocateur des choses disparues,
Je pleurerai la ville où, les nuits de Printemps,
Je pouvais, spectateur que le respect fascine,
Toucher après un bal la maison de Racine,
Et celle où Bonaparte espérait à vingt ans!


[LA FLOTTE ENGUIRLANDÉE]

—La jeunesse est une chose
charmante; elle part au commencement
de la vie, couronnée de
fleurs comme la flotte athénienne
pour aller conquérir la Sicile et
les délicieuses campagnes d'Enna.

CHATEAUBRIAND.


[HYMNE A LA POÉSIE]