[NOËL]

Pourquoi n'est-il pas né dans un peu d'ombre fraîche,
Un jour torride et vert,
L'Enfant dont l'auréole illumina la crèche
Au centre de l'hiver?
De quel cœur plus penchant, plus enivré de joie,
Plus fertile et plus neuf,
Nous eussions adoré son petit corps qui ploie,
Entre l'âne et le bœuf!
Ô réciproque amour, ô merveilleux échanges!
Quel sourire entre nous!
Un ciel d'où neigeraient d'invisibles archanges...
Des fleurs à nos genoux.


[LE FAUNE TROUBLÉ]

Je suis païen sans doute à la façon d'un faune
Qui, triste et grelottant par une nuit d'hiver,
Aurait à Bethléem tout à coup découvert
Le Sauveur endormi dans de la paille jaune.
On chuchote, il fait sombre, un groupe est assemblé,
Joseph aide à mieux voir un valet des Rois Mages,
De beaux pâtres naïfs apportent des fromages...
On ne le chasse pas... et son cœur est troublé.


[LA CORBEILLE D'HÉLIOTROPES]

L'indulgence est en moi. Je plains les misanthropes.
Mon cœur s'emplit d'un sombre miel.
Ma corbeille d'héliotropes
Est un brûle-parfums allumé par le ciel.
Ô miracle subtil d'un estival arôme!
Saurais-je être actif ou méchant
Lorsque vers le sublime dôme
Monte le Te Deum d'un innombrable chant?
Le peuple violet bout, s'assemble, grésille,
Sous le droit soleil de midi.
Quel vêtement! Quelle résille!
Quel velours tout autour de mon corps engourdi!
Fermons les yeux; là-bas vers la pleine pelouse
Bombarde un vif géranium...
Je navigue avec La Pérouse
Sur un voilier rempli de vanille et d'opium.
Quel rêve jusqu'à l'heure où le soir va descendre
Éteignant, étouffant, noyant,
Les fleurs en feu sous une cendre
D'héliotropes frais, pâles et tournoyants.


[LE CŒUR ÉTERNEL]