[LES DEUX LABYRINTHES]

Ariane éphémère au seuil du labyrinthe,
Vous m'avez bien tendu votre lèvre et le fil;
Mais plus que vous, le monstre était neuf et subtil,
Et j'ai cassé le fil, et je n'ai pas de crainte.
Si, l'oreille attentive et la pelote en main,
Vous guettez mon retour victorieux et tendre,
J'ai peur, hélas, j'ai peur de vous laisser attendre,
Car mon guide inactif traîne sur le chemin.
Vous attendez le soir, et la nuit et l'aurore,
Et le jour, et le soir, et la nuit et les jours!
Peut-être bien, ma sœur, attendrez-vous toujours...
Car je parle de vous avec le Minotaure.
Sous un canal de ciel nous marchons. Il me tend
Les gâteaux et les fruits dont, dit-il, on l'accable.
Il raconte sa paix, le monde inextricable,
Et le monstre immortel qui dans vos yeux m'attend...


[DE MON LIT]

Ô chaleur! insomnie! insupportable toile!
Je regarde une étoile et j'écoute un crapaud...
Astre ému, détaché du sidéral troupeau,
Ce chant limpide et seul vient-il pas de l'étoile?
Je pense à tous les chocs dont je n'ai pas souffert.
(Ô mon cœur averti, quel sachet de Pandore!)
L'avenir alterné se dore et se dédore,
Et j'ai peur de finir et j'aspire à l'Enfer.
Tout plutôt que soudain (courbe-toi fier Sicambre!)
Recevoir ce hideux baptême de Néant,
Ce droit à devenir l'éternel fainéant,
Cet échange de Rien contre la douce chambre.


[LE SUBLIME CACHOT]

Il y en a (le croirait-on?) à qui
la prison devient si chère, qu'ils
craignent d'en être délivrés!

ALFRED DE VIGNY.

Joie intense d'un matin chaud,
Prodigue et sublime cachot!
Merci, Destin qui me le donnes!
D'un néant à l'autre néant,
Ce ciel, cette eau, ces belladones,
Ce sourire de doux géant,
Épanoui sur la nature,
Cette fraîche et nette peinture.
Que mon œil, chaque nouvel an,
Porte sur son limpide écran;
Et même l'hivernale neige!
Comment peut-on, comment pourrai-je.
Destin vague et sans horizon,
Ne pas pleurer cette prison,
Que ton obscur vouloir abrège?